
Un marché du travail en progression, mais des écarts qui se creusent entre les groupes

Entre l'essor du PIB régional et la vitalité démographique du Nunavik et d'Eeyou Istchee, le Nord-du-Québec affiche une santé économique enviable. Mais derrière ces chiffres globaux se cache un contraste saisissant, la Baie-James fait face à un vieillissement accéléré et à une précarité démographique qui menacent son marché du travail.
C'est ce qui ressort du dernier Bulletin annuel du marché du travail 2025 de Services Québec. On y découvre une région qui affiche une santé économique enviable, avec un âge moyen de 33,6 ans pour ses 47 541 habitants, soit dix ans de moins que la moyenne provinciale. Un vrai contraste avec le reste du Québec, porté notamment par la forte natalité dans les communautés autochtones du Nunavik et d'Eeyou Istchee.
Mais il y a un revers à la médaille. La Baie-James, elle, voit sa population fondre comme neige au soleil, moins 28 % depuis 1996, avec un solde migratoire qui reste constamment dans le rouge. Et l'horizon n'est pas très réjouissant car d'ici 2030, une personne sur trois y aura dépassé 60 ans. Autant dire que les municipalités de la région vont devoir composer avec une pénurie de main-d'œuvre qui s'annonce structurelle et durable.
Une économie en croissance, mais vulnérable aux marchés mondiaux
Côté portefeuille, la région peut se féliciter. En 2023, le produit intérieur brut (PIB) a dépassé les 7 milliards de dollars, avec une progression de 14,3 % en un an seulement. Cette croissance est portée par l’industrie minière, notamment le lithium, l’or et les minéraux critiques, mais aussi l'hydroélectricité et la transformation des ressources naturelles.
Cette prospérité comporte toutefois son lot d'incertitude. très dépendantes des marchés mondiaux, l'économie du Nord-du-Québec demeure exposée à la volatilité des cours des métaux et aux tensions géopolitiques autours des tarifs douaniers sur les minéraux stratégiques.
Sur le front de l'emploi, le bilan 2025 fait état de 300 emplois nets créés, pour une population active de 13 200 personnes. Le taux d'activité atteint 60,6 %, et le taux d'emploi 57,8 %. Mais chez les 15 à 64 ans, la population a augmenté plus vite que les emplois (+8,3 %), ce qui a légèrement fait baisser les taux de participation.
Femmes et hommes : un écart qui se creuse
Cependant, le véritable clivage se joue entre les hommes et les femmes. Les premiers profitent à fond de la création de postes à temps plein dans les secteurs ressources et la construction, leur emploi a bondi de 13,3 %, et leur taux d'emploi atteint 80,0 %. Les femmes, elles, subissent un recul net. Sur 7 100 femmes en âge de travailler, seulement 4 900 ont un emploi en 2025. C'est 300 postes de moins, un taux d'emploi qui chute à 69,0 %, et une inactivité qui grimpe. Même chez les 55 ans et plus, l'écart se creuse 39,7 % pour les hommes, à peine 30 % pour les femmes.
Côté filets sociaux, les trajectoires divergent aussi. L'assurance-emploi voit son nombre de prestataires aptes au travail reculer de 3,2 %, pour atteindre 822 personnes en 2025. Une baisse qui s'explique notamment par la forte demande de main-d'œuvre à la Baie-James et en Eeyou Istchee, où les hommes représentent 72 % des prestataires.
À l'inverse, l'assistance sociale grimpe de 4,1 % dans la région, avec 925 prestataires. Et c'est encore la Baie-James qui tire la hausse, alors qu'Eeyou Istchee connaît une légère baisse. Le profil le plus courant se révèle être un homme seul âgé de 25 à 54 ans, dont près de la moitié présentent des contraintes sévères à l’emploi.
En somme, le Nord-du-Québec avance à deux vitesses. L'économie globale affiche des voyants au vert, mais la Baie-James se retrouve à un tournant. Pour les années à venir, les politiques publiques devront miser sur trois chantiers essentiels, à savoir attirer des familles, garder les travailleurs vieillissants et ramener les femmes sur le marché du travail. C'est là que se jouera l'avenir de la région.




