
Décès d'un enfant à Ivujivik : le drame ravive le débat sur la précarité des soins de santé dans l'Ungava

Le décès tragique d’un enfant de quatre ans, relance le débat sur les lacunes persistantes du réseau de santé dans le Nord-du-Québec. Alors que plusieurs enquêtes doivent faire la lumière sur le parcours de soins du jeune garçon, l’opposition libérale réclame un déploiement accéléré de la télémédecine. De leur côté, les élus locaux insistent sur l’urgence d’offrir des services médicaux vraiment équitables dans les communautés isolées.
Un drame qui bouleverse et des enquêtes en cours
La mort du petit Jusi, un enfant de quatre ans originaire d’Ivujivik au Nunavik, a profondément ému l’ensemble du comté d'Ungava. D’après les informations disponibles, le garçon souffrait de violentes douleurs abdominales. Sa famille avait contacté la clinique locale à plusieurs reprises pour obtenir une prise en charge adaptée, mais son état a fini par nécessiter un transfert médical d’urgence vers un hôpital de Montréal, où il est décédé peu après son arrivée.
Face à ce drame, des enquêtes institutionnelles ont été ouvertes afin de reconstituer précisément la chaîne des interventions médicales et d’examiner les délais d’évacuation sanitaire. Interrogée sur les éventuelles défaillances dans la prise en charge, la candidate du Parti libéral du Québec (PLQ) dans l'Ungava, Sandrine Rioux, appelle à ne pas tirer de conclusions hâtives, tout en rappelant que son parti alerte depuis des années sur la situation :
« Plusieurs enquêtes sont en cours, on va attendre leurs conclusions. Mais cela fait longtemps qu’au Parti libéral on dénonce, à l’Assemblée nationale, les problèmes du système de santé dans le Nord. »
Elle souligne d’ailleurs qu’une motion avait été adoptée à l’unanimité en 2024 pour demander davantage d’équipement d’imagerie médicale et un renforcement des effectifs sur le terrain.
Des défis énormes pour accéder aux soins dans l’Ungava
Ce drame remet en lumière les inégalités structurelles qui marquent l’offre de soins dans les territoires nordiques. La circonscription d’Ungava, avec son immensité géographique, posent des défis logistiques considérables. Les dispensaires et centres de soins infirmiers, fonctionnent sous pression constante, à savoir pénurie chronique de personnel, roulement élevé des effectifs et accès limité aux outils de diagnostic spécialisés.
Dans plusieurs villages isolés, sans route pour les relier, les urgences pédiatriques reposent sur des consultations à distance et sur des évacuations médicales par avion, qui dépendent de conditions météo souvent extrêmes. Pour les habitants de ces communautés, la distance se traduit concrètement par des délais d’accès aux soins spécialisés bien supérieurs à ceux des grandes villes du sud de la province.
La télémédecine, une piste prometteuse mais des obstacles technologiques
Pour tenter de combler ces manques, le chef du PLQ, Charles Milliard, et Sandrine Rioux misent sur le développement de la télémédecine comme solution d’urgence. Selon la candidate, une meilleure intégration des consultations à distance permettrait d’épauler directement les équipes de soins locales :
« Ce système va servir à tout le Québec, mais surtout aux gens de la région. Dans ce cas-ci, par exemple, on aurait pu avoir une deuxième vérification ou un deuxième avis médical sur la situation. »
Mais déployer des outils numériques dans le Grand Nord québécois se heurte à un obstacle de taille, celui du manque d’infrastructures de télécommunication et la fragilité des connexions Internet à haut débit. Concernant la faisabilité technique de ces mesures, Sandrine Rioux estime qu’il faut avancer sur la technologie en même temps que sur la régionalisation des décisions financières et administratives, pour que les acteurs locaux puissent adapter leurs protocoles à leur réalité de terrain.
Exiger des comptes et soutenir la communauté
Au fédéral, le bureau de la ministre et députée d’Abitibi—Baie-James—Nunavik—Eeyou, Mandy Gull-Masty, a indiqué que les responsables régionaux de Services aux Autochtones Canada (SAC) restent en contact avec les autorités sanitaires locales pour offrir toute l’assistance nécessaire. Dans une déclaration officielle, la députée a présenté ses condoléances à la famille et formulé des attentes claires envers les autorités provinciales :
« Les familles et communautés inuites devraient avoir accès à des soins de santé sûrs et fiables, en particulier les enfants et les jeunes, qui sont l’avenir de nos communautés. Nous attendons de la province du Québec et du personnel médical concerné qu’ils prennent cette affaire avec le plus grand sérieux et que le système apporte des réponses à la famille. En cette période difficile, j'apporte mon soutien et mes prières à Ivujivik et à tous ceux qui ont été touchés par cette perte triste, et j'encourage tout le monde à se rassembler pour se soutenir et prendre soin les uns des autres afin d'honorer la mémoire de Jusi. »
Alors que la communauté d’Ivujivik est réunie dans le deuil, les conclusions des enquêtes en cours seront suivies de près par toutes les populations du Nord, pour qui l’accès équitable aux soins reste une question de ressources, mais aussi de sécurité et de dignité.




