
Nord-du-Québec : la fumée des feux de forêt devient un enjeu majeur de santé publique

Le Nord-du-Québec est actuellement confronté à une recrudescence des feux de forêt, et la qualité de l’air devient un enjeu de santé publique incontournable. Derrière les flammes visibles, une menace plus sournoise s’installe; à savoir, la fumée. Le Dr Stéphane Trépanier, médecin-conseil en santé publique pour Santé Québec Baie-James, appelle à la prudence et livre ses conseils pour faire face à cette situation.
Une exposition prolongée à ces particules représente un défi sérieux pour les communautés locales. Mieux comprendre les risques permet d’adapter nos comportements de manière plus efficace.
Des symptômes qui s’aggravent : de l’irritation à l’urgence
La fumée des incendies de forêt n’affecte pas tout le monde de la même façon. Pour la majorité, les premiers effets sont légers et passagers. Le Dr Trépanier décrit cette progression : « Quand on parle de symptômes légers, ça inclut des picotements, une irritation des yeux, une toux légère, un mal de gorge ou un mal de tête. »
Mais la situation peut vite dégénérer, surtout si la concentration de fumée augmente ou si la personne souffre déjà de problèmes cardiovasculaires ou pulmonaires, comme l’asthme. Des signes comme une toux profonde, un essoufflement, une respiration sifflante, des palpitations ou des douleurs thoraciques doivent alerter immédiatement. Dans ce cas, il faut contacter le 811 ou le 911 sans hésiter.
Des groupes plus vulnérables
Face à la détérioration de la qualité de l’air, certaines catégories de la population sont particulièrement à risque. D’un point de vue physiologique, les jeunes enfants (surtout de 0 à 4 ans), les personnes âgées de 65 ans et plus, ainsi que les femmes enceintes sont en première ligne, en raison des risques pour le fœtus ou d’une capacité respiratoire réduite. À ces facteurs biologiques s’ajoutent des éléments comportementaux ou professionnels : « D’abord, il y a ceux qui doivent être dehors comme les sportifs, mais aussi les travailleurs extérieurs qui ont des tâches essentielles et ne peuvent pas rester à l’intérieur. »
Lorsque nous fournissons un effort physique ou un travail exigeant, notre rythme respiratoire augmente, ce qui fait que nous absorbons bien plus de particules fines. Donc les effets de la fumée sur l’organisme s’en trouvent décuplés.
Un bilan à surveiller selon la SOPFEU
Sur le terrain, la situation évolue rapidement. Selon les données de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), une quarantaine d’incendies sont actuellement actifs au Québec, presque tous concentrés en zone nordique. Cette recrudescence est principalement due à des épisodes de foudre récents, combinés à un assèchement progressif de la végétation et à des indices d’inflammabilité allant de élevé à extrême.
La SOPFEU précise que la majorité de ces feux nordiques sont « sous observation » ou « recensés ». Les équipes concentrent leurs efforts de suppression de manière stratégique sur ceux qui menacent des infrastructures clés (comme les installations hydroélectriques de La Grande 1 ou de Laforge) ou des communautés locales, comme Nemaska. Pour freiner leur progression, le ministère de la Sécurité intérieure, en collaboration avec la SOPFEU, maintient des interdictions strictes d'allumer des feux à ciel ouvert dans plusieurs secteurs de la Jamésie et d’Eeyou Istchee.
Les priorités de la santé publique
Dans les communautés souvent isolées de la Baie-James, la prévention repose avant tout sur des gestes simples mais rigoureux pour limiter l’exposition. Le Dr Stéphane Trépanier insiste sur la règle d’or en période de crise :
« Le message principal, c’est de rester à l’intérieur quand c’est possible. […] La concentration de fumée sera toujours plus faible à l’intérieur qu’à l’extérieur. »
Pour optimiser cette protection, la santé publique recommande de garder portes et fenêtres fermées, d’annuler ou de reporter les activités extérieures non essentielles, et de s’assurer que les personnes asthmatiques aient leurs médicaments à portée de main. Enfin, pour ceux qui doivent sortir, porter un masque de type N95 est une option individuelle efficace pour filtrer les particules fines nocives en suspension.




