
Dévitalisation, infrastructures, jeunesse : les priorités du Nord-du-Québec au cœur de la visite ministérielle

Le 29 juin 2026, Mathieu Lévesque, ministre délégué aux Régions et à la Jeunesse, a entrepris une visite officielle à la Baie-James, accompagné du député d’Ungava et adjoint parlementaire, Denis Lamothe. Cette démarche, inscrite dans l’orientation politique impulsée par la Première ministre Christine Fréchette, visait à mieux cerner les défis structurels du Nord-du-Québec : infrastructures, dévitalisation, formation, services publics, relations avec les peuples autochtones et attractivité régionale.
Dès son arrivée à Matagami, M. Lévesque a rappelé le sens de sa présence : « En tant que ministre délégué aux Régions, c’est essentiel pour moi d’aller sur place, d’écouter ce qui se dit, et surtout de rencontrer les partenaires locaux. »
Les échanges menés avec le maire René Dubé ont immédiatement mis en lumière les enjeux prioritaires : infrastructures essentielles, transport, logement, connectivité. Autant de facteurs qui influencent directement la vitalité économique et la capacité de retenir les jeunes. Pour le ministre, un changement de méthode s’impose : « On veut que chaque politique venue de Québec colle aux besoins réels des régions, et que ça parte du terrain. »
Décentralisation : un chantier que plusieurs acteurs jugent incontournable
Cette réflexion sur l’adaptation des politiques régionales s’inscrit dans un débat plus large sur la décentralisation. Denis Lamothe, fort de son expérience à la Sûreté du Québec, a souligné les limites d’un modèle décisionnel trop centralisé : « Trop souvent, des décisions sont prises par des gens qui ne connaissent pas le milieu. Il faut décentraliser le pouvoir décisionnel. »
Selon lui, le Conseil des régions, instauré par Christine Fréchette, pourrait enfin rompre avec un réflexe administratif « vieux de plusieurs décennies ». Mathieu Lévesque confirme que deux conférences administratives régionales ont déjà reçu le mandat de proposer des modèles de décentralisation reproductibles : « L’idée, c’est que ces pratiques gagnantes soient partagées et adoptées ailleurs, notamment dans le Nord-du-Québec. »
Services publics : un écart persistant avec les centres urbains
La gouvernance rejoint un autre enjeu majeur : l’accès aux services publics. Santé, éducation, soutien psychosocial demeurent des domaines où le Nord accuse un retard notable. Lévesque assure que ces préoccupations sont récurrentes au Conseil des régions : « La voix des régions est forte, et ces changements se concrétiseront avec les autres ministres. »
Photo : Hind Dekkar Denis Lamothe, député d'Ungava et représentant du Nord-du-Québec au Conseil des régions et Mathieu Lévesque, ministre délégué aux Régions et à la Jeunesse, dans les studios de l'Aurore Info, le 29 juin 2026L’amélioration des services publics s’articule également avec les besoins en formation et en main-d’œuvre. M. Lamothe cite l’exemple du nouveau cours de monteur de ligne à Chibougamau, particulièrement pertinent dans une région qui produit plus de la moitié de l’hydroélectricité québécoise : « Rien n’est plus fort que ce genre d’initiative. Le gouvernement croit en la région. » Cette stratégie vise à renforcer les compétences locales, alors que les projets miniers et énergétiques se multiplient.
Exode des jeunes….
La question de la formation renvoie à un défi plus large, celui de l’exode des jeunes. Interrogé sur l’absence d’université dans le Nord-du-Québec, le député d'Ungava reconnaît un problème structurel : « Le nombre d’étudiants n’est pas suffisant. Quand les jeunes partent pour étudier, certains reviennent, d’autres non. » Il évoque la possibilité de diversifier les formations professionnelles ou collégiales, voire d’ouvrir une antenne à Matagami, tout en soulignant que ces options dépendront de l’évolution démographique.
Les enjeux de formation et de rétention s’inscrivent également dans un contexte de collaboration avec les nations autochtones. M. Lévesque rappelle que le Secrétariat à la jeunesse dispose déjà d’un programme de partenariat avec les communautés autochtones : « C’est un axe important de notre travail : maintenir et renforcer ces liens. » Langue, culture, gouvernance et développement communautaire doivent, selon lui, être intégrés aux politiques jeunesse.
Logement et coût de la vie : des obstacles à l’attractivité régionale
À ces défis s’ajoute la question du coût de la vie, particulièrement élevé dans le Nord. Denis Lamothe souligne les limites des primes d’éloignement, réservées à certains secteurs publics : « Ceux qui travaillent à l’épicerie, au motel ou à l’hôtel n’y ont pas droit. Il faut réfléchir à comment garder nos gens. » Le ministre quant à lui, rappelle que la lutte contre la dévitalisation constitue l’un des axes centraux des travaux du Conseil des régions.
Vers un plan d’action ?
À l’issue de sa visite, Mathieu Lévesque insiste sur le caractère opérationnel de cette tournée. Selon lui, la démarche repose sur deux étapes; ;a savoir, recueillir les préoccupations locales, puis les traduire en actions gouvernementales structurantes. « L’essentiel, c’est d’écouter et de trouver des solutions qu’on peut mettre en œuvre. »
Photo : Hind Dekkar Denis Lamothe, député d’Ungava et adjoint parlementaire — Mathieu Lévesque, ministre délégué aux Régions et à la Jeunesse et Stéphanie Thompson, artiste peintre de Matagami, à la galerie d'art Au Plusieurs dossiers sont déjà à l’étude : modernisation des infrastructures, amélioration des services publics, lutte contre la dévitalisation, formations spécialisées pour les jeunes, collaboration avec les nations autochtones. Des annonces pourraient suivre prochainement. Le ministre souligne également l’importance de s’inspirer des bonnes pratiques observées dans d’autres régions, afin d’accélérer la mise en œuvre de solutions éprouvées.
Feux de forêt : un hommage aux équipes de la SOPFEU
Enfin, les deux élus ont tenu à exprimer leur solidarité envers les équipes de la SOPFEU, mobilisées face à des feux de forêt particulièrement intenses dans le Nord-du-Québec. Denis Lamothe confie : « Je pense beaucoup aux travailleurs de la SOPFEU. Ils sont sur le terrain, à combattre les incendies, et ce n’est pas facile. » De son côté, Mathieu Lévesque ajoute : « Nos pensées vont à ceux qui luttent contre les flammes, et aux communautés touchées. »
Cette tournée ministérielle soulève une question centrale : les engagements formulés sur le terrain se traduiront‑ils, dans les prochains mois, en mesures concrètes capables de réduire les écarts persistants entre le Nord-du-Québec et les centres urbains ? Les chantiers évoqués constituent autant de pistes d’action identifiées par les élus. Reste à déterminer dans quelle mesure ces orientations pourront être mises en œuvre, avec quels moyens, et selon quel calendrier, afin de répondre durablement aux besoins exprimés par les communautés nordiques.




