
Politiques mur‑à‑mur : la Baie‑James demande une reconnaissance officielle de ses particularités

Les représentants municipaux de la Baie-James redoublent d’efforts afin que le gouvernement du Québec tienne enfin compte des particularités propres aux territoires nordiques. Que ce soit lors de la visite du président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Guillaume Tremblay, ou au cours d’échanges avec le député d’Ungava, Denis Lamothe, le message est resté le même : appliquer les mêmes politiques partout au Québec ne permet pas de répondre adéquatement aux enjeux d’un territoire immense, éloigné et fortement sollicité par l’exploitation des ressources.
« Traiter tout le monde pareil ne signifie pas être juste »
Pour Nichèle Compartino, mairesse de Chibougamau et présidente du conseil d’administration de l’Administration régionale Baie-James (ARBJ), le diagnostic est sans équivoque : les politiques uniformes atteignent rapidement leurs limites dans le Nord. « Cela fait des années que les élus répètent que le mur-à-mur n’est pas adapté à la réalité nordique », rappelle-t-elle. Selon elle, si Québec tarde à reconnaître officiellement cette spécificité, c’est notamment parce que les approches standardisées sont plus faciles à gérer, alors que chaque région revendique sa singularité. Cette uniformité, insiste Mme Compartino, « ne garantit en rien l’équité ». Les élus demande donc une reconnaissance claire des réalités jamésiennes, qu’il s’agisse des coûts élevés liés aux infrastructures, du va-et-vient constant des travailleurs miniers, ou encore des défis majeurs en matière de logement et d’immigration.
Immigration et logement : des enjeux clés pour freiner la baisse de population
Dans un contexte de déclin démographique, les élus voient l’immigration comme un levier incontournable. En milieu nordique, les travailleurs étrangers temporaires ont tendance à s’installer plus durablement qu’ailleurs. Toutefois, les restrictions imposées depuis 2024 au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) suscitent de vives inquiétudes. Les municipalités craignent des répercussions directes sur la pérennité de secteurs essentiels, notamment l’industrie forestière et certains services de base.
Le logement constitue un autre obstacle majeur : bâtiments vieillissants, offre limitée, diversité insuffisante et coûts de construction plus élevés freinent l’accueil de nouveaux résidents, malgré la présence d’emplois. Mme Compartino souligne aussi l’importance des services publics pour retenir les familles. « La qualité de l’enseignement, l’accès aux soins de santé et la présence d’institutions publiques sont déterminants pour convaincre les gens de rester », affirme-t-elle. Elle déplore par ailleurs une diminution progressive de la présence de l’État, évoquant la fermeture de bureaux régionaux tels que la Direction de sécurité civile à Chibougamau et les bureaux de la Faune à Matagami, ainsi que la difficulté croissante d’offrir des services de proximité.
Ressources naturelles : des retombées jugées mal redistribuées
Les élus de la Baie-James rappellent que leur territoire assume une grande partie des impacts liés à l’exploitation des ressources naturelles : pression sur les infrastructures, coûts des services municipaux, navettage intensif. Pourtant, les bénéfices économiques sont redistribués à l’échelle de l’ensemble du Québec, « ce sont nos communautés qui vivent les conséquences, alors que les redevances sont partagées ailleurs », souligne Mme Compartino. Elle plaide pour un meilleur équilibre fiscal et une révision des mécanismes de redistribution afin que les municipalités nordiques profitent davantage des retombées minières et forestières.
Une mobilisation dans un contexte politique en évolution
Cette prise de parole s’inscrit dans la Semaine de mobilisation du milieu municipal, période durant laquelle l’UMQ rencontre de nombreux députés en vue de la prochaine campagne électorale provinciale. Les élus jamésiens espèrent voir leurs revendications intégrées aux plateformes des partis. « Nos demandes sont connues et publiques. Il appartient maintenant aux chefs de partis de s’y attarder », affirme Mme Compartino. Elle reconnaît toutefois que le contexte politique, marqué par plusieurs courses à la chefferie, complique la mise en œuvre rapide de changements concrets.
Des échanges constants, mais peu de mesures immédiates
Concernant la suite des choses, la présidente de l’ARBJ mentionne des discussions continues avec le député Denis Lamothe ainsi qu’avec le ministre responsable de la région, Ian Lafrenière. Des réponses sont également attendues du ministre des Ressources naturelles et des Forêts Jean-François Simard : « Le dialogue est constant. Pour nous, il est essentiel de maintenir le contact », explique-t-elle, tout en reconnaissant qu’aucune action tangible n’est prévue à court terme.
Au terme de cette mobilisation, les élus réitèrent que leur démarche ne vise pas des intérêts corporatistes, mais bien la pérennité de leurs communautés. Comme le résume Mme Compartino, reconnaître les réalités nordiques constitue une condition fondamentale pour assurer la vitalité à long terme des municipalités jamésiennes et, par extension, de l’ensemble des régions du Québec.




