
Démission de François Legault : Chapais et Chibougamau font le point avant une année électorale animée

L'annonce inattendue qui secoue l’échiquier politique
Le 14 janvier 2026, François Legault annonçait sa démission comme premier ministre du Québec, mettant ainsi fin à près de huit années à la tête du gouvernement. Une décision surprenante, d’autant plus qu’elle survient à quelques mois seulement des élections générales prévues le 5 octobre prochain. À Québec, l'annonce a immédiatement déclenché une période de transition marquée par une course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ), une précampagne électorale déjà bien amorcée et une certaine incertitude quant aux priorités gouvernementales à court et moyen terme.
Au-delà des enjeux politiques provinciaux, cette démission soulève aussi des interrogations légitimes pour les régions éloignées, dont le Nord-du-Québec. À Chibougamau comme à Chapais, où plusieurs projets municipaux dépendent d’aides provinciales et de programmes gouvernementaux, le changement de chefferie suscite à la fois des inquiétudes et des espoirs. Afin de mieux cerner les répercussions possibles d'une telle transition politique sur la région, l’Aurore Info s’est entretenue avec le maire de Chapais, Jacques Fortin, ainsi qu’avec Manon Cyr, ancienne mairesse de Chibougamau de 2009 à 2025.
Une démission surprise, mais sans impact immédiat
À Chapais, Jacques Fortin admet avoir été étonné par l’annonce du départ de François Legault, d’autant plus que ce dernier avait auparavant laissé entendre qu’il mènerait son mandat à terme.
« J’ai été un peu surpris, car M. Legault avait dit qu’il serait là alors j’ai été un peu surpris lorsqu’il a annoncé sa démission. D’un autre côté, je le comprends quand tu as fait 25 ans en politique et deux mandats comme premier ministre. On se souviendra que son premier mandat n’a pas été de tout repos avec la gestion de la pandémie », confie le maire.
Le constat semble identique du côté de Manon Cyr, chez qui la surprise domine, mais sans la panique. Forte de son expérience municipale, elle rappelle que François Legault demeure en fonction jusqu’à la nomination d’un nouveau chef ou d’une nouvelle cheffe, assurant ainsi une continuité gouvernementale.
« M. Legault est encore premier ministre, donc à court terme il n’y a pas vraiment de changement. C’est sûr que c’était la dernière année du mandat. On va être en élection au niveau provincial à partir de début octobre, je vous dirais qu’à court terme, il n’y a pas d’impact », explique l’ancienne mairesse.
Ralentissement ressenti en mairie à l’approche des élections
Si les mécanismes gouvernementaux continuent de fonctionner, les deux élus s’entendent pour dire que cette transition s’inscrit dans une fin de mandat déjà caractérisée par un certain ralentissement.
« On tombe en élection pour le premier ministre, et tout de suite après on tombe en élection pour donner un mandat pour un prochain gouvernement. Alors c’est sûr que dans la prochaine année, il ne faut pas s’attendre à ce que les dossiers avancent rapidement. Il va falloir être patient », martèle Jacques Fortin.
À l’approche des élections, les décisions structurantes se faisant plus rares et les annonces majeures étant repoussées, les municipalités doivent alors composer avec des délais supplémentaires, tout en maintenant la pression politique afin que leurs priorités ne soient pas reléguées au second plan.
Financement et infrastructures : les inquiétudes sont bien réelles
Dans ces municipalités nordiques, les enjeux financiers demeurent centraux. Avec de vastes infrastructures, une population en décroissance et des revenus limités, une période d’incertitude politique comme celle qui s’ouvre peut fragiliser des projets majeurs.
« C’est sûr qu’on est inquiets un peu parce qu’on a des dossiers importants en ce qui concerne la communauté, mais on va continuer à pousser et aller rencontrer des gens pour pouvoir faire avancer nos dossiers. Les ministres sont là et nos députés aussi, donc on va travailler avec eux », affirme-t-il.
Manon Cyr adopte une perspective plus nuancée, rappelant que les projets municipaux se planifient sur le long terme, loin du tumulte politique et des cycles électoraux.
« Les dossiers sont souvent montés longtemps en avance. Les municipalités préparent des programmes triennaux d’immobilisation, elles évaluent des coûts de projet, elles attendent les occasions pour les programmes particuliers. Le changement de gouvernement ou la décision de M. Legault ne change pas à court terme », précise-t-elle.
Les feux de 2023, épreuve révélatrice pour la région
Parmi les évènements marquants du second mandat de François Legault pour le Nord-du-Québec figure la gestion des feux de forêt de l’été 2023. Une crise inédite qui aura permis de mettre en lumière la capacité de coordination entre les instances provinciales et municipales, mais aussi révéler certaines failles.
« Un incendie comme on a vécu en 2023, ce n’est pas ce qu’on voit normalement. C’est même quelque chose qu’on n’a jamais vécu. Ç’a été un apprentissage autant du côté du gouvernement que des municipalités », rappelle M. Fortin.
Manon Cyr souligne quant à elle l’importance de la mise en place d’une direction régionale de la sécurité civile, garantissant un renforcement de l’expertise de proximité.
« Ç’a facilité la coordination d’avoir une équipe qui développe en région une expertise, pas seulement pour Chibougamau, mais pour l’ensemble du territoire d’Eeyou Istchee Baie-James », constate l'ex-élue.
Une année électorale décisive pour le Nord-du-Québec
À l’approche du scrutin provincial, une question reste cruciale : le Nord-du-Québec risque-t-il de passer au second plan des priorités gouvernementales ? Jacques Fortin insiste sur les défis spécifiques de la région, du déclin démographique au vieillissement des infrastructures, en passant par le phénomène du navettage (Fly-in Fly-out).
« Sommes-nous juste des pourvoyeurs de matières premières ? Ou veulent-ils vraiment développer le Nord-du-Québec ? S’ils veulent le développer, alors ils vont devoir le mettre en priorité », lance-t-il, rappelant que des propositions concrètes ont déjà été soumises aux autorités provinciales dès le printemps 2025.
Pour sa part, Manon Cyr estime que la campagne de 2026 pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, notamment avec l’arrivée de nouveaux chefs, de nouveaux porte-paroles et un contexte économique en mutation.
« Il faudra voir comment ils vont juger l’importance stratégique de la région du Nord-du-Québec et d’Eeyou Istchee Baie-James, notamment dans le contexte canadien par rapport à la diversification des marchés et la volonté de M. Carney », avance Mme Cyr.
Entre prudence, vigilance et continuité municipale
Malgré l’incertitude politique à Québec, les élus régionaux se veulent rassurants. À Chapais comme à Chibougamau, la continuité des dossiers municipaux repose avant tout sur la proactivité des élus locaux et sur la solidité des institutions québécoises. Si la démission de François Legault entraîne des réajustements administratifs, elle ne remet pas en cause, à court terme, la stabilité des projets en cours.
Pour le Nord-du-Québec, les prochains mois seront néanmoins déterminants. Dans un contexte électoral chargé, les municipalités devront redoubler d’efforts pour s’assurer que les enjeux nordiques demeurent au cœur des priorités gouvernementales, au-delà des discours électoraux.




