
Une industrie minière florissante, mais des retombées locales limitées dans les régions nordiques

Le Nord-du-Québec joue un rôle clé dans l'économie minière québécoise. À lui seul, ces territoires représentent près de 26,5 % de la valeur totale des expéditions minérales de la province, devant la Côte-Nord à 25,4 % et l'Abitibi-Témiscamingue à 23,3 %. Pourtant, malgré cette contribution majeure à la richesse collective, le cadre fiscal actuel crée un fossé bien réel entre les centaines de millions de dollars versés au Trésor public et ce qui revient concrètement aux infrastructures locales. Dans ce contexte, un sondage Léger mené pour le compte de l'Association minière du Québec (AMQ) révèle un appui populaire difficile à ignorer. En effet, 64 % des Québécois souhaitent que les redevances minières soient d'abord attribuées aux communautés d'accueil, une proportion qui atteint même 74 % dans le Nord-du-Québec.
Pour la région, la question ne se limite pas à des chiffres dans un bilan comptable. L'arrivée de complexes miniers génère assurément des retombées économiques, mais elle impose aussi une pression réelle sur le réseau routier, oblige à construire des voies de contournement coûteuses et alourdit la demande sur les services de santé, d'éducation et de gestion des déchets. Sans un retour fiscal local à la hauteur, ce sont les municipalités et les instances régionales qui doivent absorber seules le coût d'entretien de ces équipements essentiels.
Un poids économique nordique difficile à concilier avec un centralisme fiscal
À l'échelle provinciale, l'industrie minière demeure une source de revenus considérable pour l'État. Les entreprises minières ont versé 477,7 millions de dollars en redevances pour l'exercice 2024, une somme qui a d'ailleurs grimpé en 2025 grâce à la vigueur des cours des métaux. Le record avait été établi en 2021, avec 926 millions de dollars, porté par la flambée du fer et de l’or. Le Nord-du-Québec, avec ses grands gisements d'or, de cuivre et de minéraux stratégiques, a fourni une part importante de cette enveloppe.
Or, le mécanisme québécois de redistribution des redevances prévoit un montant fixe annuel de 38 millions de dollars réparti entre toutes les municipalités et MRC de la province, toutes filières confondues, minière, forestière et énergétique. Résultat, les collectivités nordiques ne touchent qu'une fraction minime des richesses extraites de leur propre sol. C'est précisément cette réalité que l'AMQ souhaite voir changer, en s'appuyant sur la volonté clairement exprimée par la population :
« Nous voulions vérifier si la demande récurrente des communautés d'obtenir une meilleure part des redevances pour les régions hôtes trouvait un écho réel auprès des citoyens », explique Emmanuelle Toussaint, présidente-directrice générale de l'Association minière du Québec.
Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) publie bien les montants versés par chaque société minière, mais calculer ce qui revient réellement aux MRC reste un exercice passablement opaque. Des études menées ailleurs, notamment sur la Côte-Nord, ont montré que seulement 0,14 % des redevances minières générées localement étaient retournées aux populations sous forme de retombées directes. Le portrait est tout aussi désavantageux pour le Nord-du-Québec, où l'immensité du territoire gonfle encore davantage les coûts d'entretien des infrastructures.
Face à ce déséquilibre, l'industrie et les élus locaux unissent leurs voix pour réclamer une refonte des règles gouvernementales. L'objectif n'est pas d'alourdir le fardeau fiscal des minières, mais bien de revoir les paramètres de redistribution établis par Québec afin que les territoires producteurs en retirent une part plus juste. « Le cadre actuel du gouvernement doit être revu pour assurer un retour plus équitable », souligne Mme Toussaint.
Volatilité des marchés et nécessité d'un fonds de pérennisation
L'économie du Nord-du-Québec reste tributaire des soubresauts des cours mondiaux. Si le minerai de fer et les métaux de base ont longtemps constitué la colonne vertébrale de l'activité régionale, la flambée de l'or, prévue pour 2025 et 2026, ainsi que l'essor des projets de lithium et de métaux stratégiques liés à la transition énergétique, modifient rapidement la structure des revenus perçus.
Pour éviter que les collectivités nordiques subissent de plein fouet les replis du marché, la mise en place de fonds de diversification économique, alimentés de façon stable par les redevances, s'impose comme une solution structurelle. Une redistribution plus lissée et prévisible permettrait au Nord-du-Québec de se doter d'outils financiers durables pour investir dans les services publics, la voirie et préparer l'après-mine.
« Un mécanisme de redistribution uniformisé permettrait d'aider les régions à composer avec les fluctuations des cours et de la production. »
En définitive, le sondage Léger valide la légitimité des attentes exprimées dans le Nord-du-Québec. Alors que les minéraux critiques replacent le territoire nordique au cœur de la stratégie économique québécoise, revoir la gouvernance fiscale des ressources naturelles s'avère incontournable pour assurer une réelle justice territoriale et préserver l'acceptabilité sociale des projets à venir.




