
Une barrière coupe‑feu devient site de biodiversité productive à la Baie-James

À Lebel‑sur‑Quévillon, un projet citoyen original transforme une infrastructure de protection contre les incendies en véritable havre de biodiversité productive. En effet, une équipe de bénévoles y a installé des ruches à l’intérieur d’une barrière coupe‑feu, après avoir semé deux kilomètres de trèfle. Soutenue par la municipalité, l’initiative illustre une nouvelle façon d’occuper le territoire nordique, alliant sécurité, respect de l’environnement et autonomie alimentaire.
L’idée a germé en mars 2024, lors d’une rencontre municipale dédiée à l’autonomie alimentaire. Un comité de citoyens s’est alors présenté devant le Conseil municipal pour proposer une utilisation novatrice d’un tronçon de coupe‑feu. Le maire, Guy Lafrenière, se rappelle une proposition bien ficelée et convaincante : « Ils avaient ce projet‑là, ils nous l’ont expliqué et nous l’avons trouvé très intéressant », dit‑il.
La Ville a donné son accord pour utiliser le terrain, tout en restant propriétaire des lieux. Les bénévoles ont ensuite semé du trèfle, une plante mellifère naturellement résistante au feu, avant d’y installer les ruches. Le secteur, situé à l’extrémité du parc industriel, est éloigné des habitations, ce qui réduit les risques pour le public.
Un environnement favorable malgré le contexte nordique
Pour valider la viabilité écologique du projet, le comité a fait appel à un apiculteur expérimenté de La Sarre, ancien propriétaire de l’entreprise Le Miel Abitibi. Celui‑ci a étudié la flore disponible, l’accès à l’eau et les conditions à long terme. Selon le maire, cette expertise a été cruciale : « Il est venu nous aider à analyser le terrain et à déterminer ce qu’il pourrait mettre en place pour le rendre viable à moyen et long terme », explique‑t‑il. Malgré les défis du climat nordique, la première année d’exploitation s’est avérée très encourageante, avec une production que les bénévoles jugent très satisfaisante.
Sécurité incendie : un aménagement compatible et même avantageux
L’idée d’installer des ruches dans une zone dédiée à la lutte contre les incendies soulevait des questions de sécurité. Mais le trèfle semé par les bénévoles contribue lui‑même à limiter la propagation du feu. Comme le souligne Guy Lafrenière, « le fait de semer du trèfle, constitue un excellent coupe‑feu, car cette plante ne brûle pas comme les arbres résineux ». La municipalité prévoit d’ailleurs de planter des feuillus sur d’autres sections de la barrière, une stratégie complémentaire pour renforcer la résilience du territoire face aux incendies de forêt, de plus en plus fréquents dans le Nord-du-Québec.
Lebel‑sur‑Quévillon pourrait être l’une des seules municipalités québécoises à intégrer l’apiculture à une infrastructure coupe‑feu. Le maire estime que ce type de projet reste exceptionnel. Le projet reste volontairement local, il ne vise pas une production commerciale à grande échelle, mais plutôt la valorisation d’un espace sous‑utilisé, la création d’un miel de proximité et la mobilisation de citoyens engagés.
En alliant sécurité incendie, biodiversité et économie locale, Lebel‑sur‑Quévillon propose un modèle original d’adaptation aux réalités nordiques. L’initiative montre qu’une infrastructure technique peut devenir un lieu de production, d’apprentissage et de mobilisation communautaire, tout en renforçant la résilience du territoire. Pour la municipalité, l’expérience est déjà un succès, tant sur le plan écologique que social.




