
Matagami : l’avenir de la Baie-James passe par ceux qui viennent s’y installer

Dans la Baie-James, l’immigration n’a rien d’un concept théorique : elle représente un véritable levier de survie, tant sur le plan économique que démographique. Le maire de Matagami, René Dubé, le répète avec force : « Le Nord-du-Québec est un poumon économique important pour l’ensemble du Québec ». Les mines, la foresterie et l’hydroélectricité — piliers de la richesse provinciale — dépendent d’une main-d’œuvre à la fois rare, difficile à recruter et pourtant indispensable.
Dans ce contexte nordique particulier, les travailleurs venus de l’étranger ainsi que leurs familles occupent une place centrale. Ils choisissent de s’établir, s’impliquent dans la communauté, développent leurs compétences et participent activement à la dynamique locale. « On a besoin de travailleurs et de familles », rappelle M. Dubé, soulignant que l’occupation du territoire constitue un enjeu aussi stratégique qu’humain.
Une contribution essentielle aux industries régionales
Aujourd’hui, près de 1 785 travailleurs étrangers sont actifs dans le Nord-du-Québec. Leur apport se fait sentir autant dans le secteur forestier que minier, sans oublier les organismes de développement régional. Le maire mentionne entre autres Chantiers Chibougamau, Nordic Kraft et la Société de développement de la Baie-James (SDBJ), qui font appel à des personnes recrutés à l’international pour pourvoir des postes spécialisés.
Photo : Hind Dekkar René Dubé, maire de la Ville de Matagami À ses yeux, leur départ aurait des conséquences immédiates : « Ça serait majeur ». Contrairement au modèle du fly-in fly-out, ces employés résident sur place, consomment dans les commerces locaux, s’intègrent durablement et deviennent de véritables « citoyens corporatifs ». Leur enracinement favorise la stabilité des équipes, soutient la pérennité des entreprises et consolide la capacité des régions à poursuivre leurs activités.
La Baie-James est confrontée à une baisse marquée de sa population. Pour M. Dubé, l’immigration figure parmi les rares solutions capables de renverser la tendance, « on a besoin des gens qui viennent s’installer, qui viennent y travailler », insiste-t-il, rappelant également que la performance économique régionale repose directement sur cette capacité d’accueil.
Une remise en question des politiques uniformes
Le maire critique vivement les orientations gouvernementales actuelles, qu’il estime trop influencées par les réalités des grands centres urbains. « Arrêtez de régler des problèmes sur le dos des régions », lance-t-il. À son avis, les politiques « mur à mur » ne correspondent pas aux besoins du Nord, où la pénurie de main-d’œuvre est structurelle et où les défis diffèrent largement de ceux de Montréal ou de Québec.
Il invite ainsi le gouvernement à « retourner sur sa table à dessin » afin de concevoir une politique d’immigration réellement adaptée aux régions, élaborée à partir des réalités du terrain plutôt que derrière un bureau. « Sortez du bureau, venez nous rencontrer », plaide-t-il, prônant une approche basée sur l’écoute et l’ajustement aux particularités locales.
Des initiatives d’intégration porteuses
Selon M. Dubé, l’intégration ne constitue pas un obstacle, mais bien une réussite tangible. Il prend l’exemple de Lebel-sur-Quévillon, où l’organisme Agora Boréale accompagne des travailleurs provenant de 26 nationalités différentes. Cette approche, centrée sur l’accueil, le suivi et l’implication communautaire, a d’ailleurs été étendue à Matagami grâce à une nouvelle entente. « Leur façon de travailler est extraordinaire », affirme-t-il, invitant les décideurs à constater par eux-mêmes comment une intégration réussie devient un véritable moteur pour les municipalités, les entreprises et, plus largement, pour le Québec.
Reconnaître le rôle déterminant des régions
Pour René Dubé, le constat est sans équivoque : l’avenir du Québec est intimement lié à la vitalité de ses régions : « Le poumon économique, il est dans les régions », rappelle-t-il. Maintenir une immigration dynamique, adaptée aux besoins locaux et soutenue par des politiques cohérentes apparaît, selon lui, essentiel pour éviter un affaiblissement économique dont toute la province subirait les conséquences.




