
Les maires de Lebel‑sur‑Quévillon et de Matagami livrent un bilan contrasté des années Legault

Sept ans après l’arrivée de la Coalition avenir Québec (CAQ) au pouvoir, les maires de Lebel-sur-Quévillon et de Matagami dressent un bilan nuancé de leurs relations avec Québec. Ils reconnaissent l’accessibilité du premier ministre François Legault ainsi que l’implication du député d'Ungava Denis Lamothe, tout en soulignant des retards persistants et des dossiers toujours en attente.
Une écoute réelle, mais des résultats qui tardent
À Lebel-sur-Quévillon, le maire Guy Lafrenière se dit encore surpris par la disponibilité du premier ministre : « Je ne pensais jamais pouvoir parler personnellement à M. Legault une ou deux fois par année. C’est plutôt rare », souligne-t-il.
Cette proximité n’a toutefois pas permis de faire avancer certains dossiers majeurs. Le maire rappelle qu’un cahier de charges régional, préparé « au terme de nombreuses heures de travail », a été déposé à Québec en juin 2024, sans retour concret depuis. « Nous nous attendions au moins à une réponse minimale, mais elle n’est toujours pas arrivée », déplore-t-il, craignant que les enjeux jamésiens « ne tombent entre deux chaises » dans le contexte de la course à la chefferie.
À Matagami, le maire René Dubé reconnaît lui aussi l’écoute du premier ministre et l’engagement constant du député Denis Lamothe : « J’étais rassuré d’avoir un premier ministre comme M. Legault. Il a dû prendre des décisions difficiles notamment lors de la pandémie de la Covid-19 et je tiens à le saluer », affirme-t-il.
Fly-in/Fly-out : un enjeu reconnu, mais sans solution concrète
À la Baie-James le Fly-in/Fly-out demeure un dossier central, « cela engendre des coûts importants pour la municipalité. Ces travailleurs utilisent nos services et notre eau potable, sans qu’il y ait de retombées pour la ville », explique Guy Lafrenière. François Legault avait pourtant reconnu l’enjeu en juin 2025. Une rencontre a suivi avec une collaboratrice du premier ministre, mais depuis, plus aucune nouvelle. Le maire compte désormais sur le député Lamothe, « un élu de la région », dont il salue l’implication.
Santé et éducation : un écart salarial qui fragilise les services jamésiens
Les différences de rémunération entre les travailleurs cris et jamésiens dans les secteurs de la santé et de l’éducation demeurent un frein important à l’attraction de personnel. « L’écart salarial est considérable », rappelle Guy Lafrenière. Cette situation favorise l’exode des professionnels vers les communautés cries, où les conditions sont plus avantageuses, ce qui complique sérieusement le recrutement d’enseignants et de personnel de santé dans les localités jamésiennes. Le maire reconnaît que cette pression constante finit par peser sur son moral, « il devient alors beaucoup plus difficile pour les Jamésiens de recruter des enseignants qualifiés et du personnel dans les centres de santé. » Le maire admet ressentir une certaine lassitude.
Une instabilité ministérielle qui nuit au Nord
La rotation des ministres a également ralenti l’avancement de plusieurs dossiers : « Nous avons commencé avec Jean Boulet, et le travail s’est très bien déroulé pendant deux ans. Par la suite, on lui a confié d’autres régions et nous avons été laissés de côté », explique Guy Lafrenière. Son successeur, Ian Lafrenière, serait quant à lui surchargé, « il gère énormément de dossiers et n’a pas le temps de se consacrer au Nord-du-Québec. Nous passons en dernier », déplore-t-il.
Feux de forêt de 2023 : une gestion appréciée
L’été 2023 a profondément marqué la Baie-James et particulièrement Lebel-sur-Quévillon, qui a subi deux évacuations successives. la premières a eu lieu du 2 au 18 juin, suivie d'une seconde du 22 au 1er juillet. Guy Lafrenière estime que la gestion de crise a été efficace, soulignant particulièrement l’implication de la ministre des Ressources naturelles et des Forêts de l’époque, Maïté Blanchette Vézina.
« Elle m’appelait chaque semaine, parfois même deux fois par semaine. Elle s’est aussi déplacée directement à mon bureau. »
François Legault a pour sa part communiqué « à deux reprises » pour prendre des nouvelles, mais le suivi quotidien relevait surtout de la ministre. La présence de pompiers étrangers a également marqué les opérations. « La SOPFEU a fait un travail remarquable. Pour ma part, mon rôle se limitait essentiellement à les remercier », souligne le maire.
Aide d’urgence : l’intervention rapide du député Lamothe
Lors de la deuxième évacuation, plusieurs familles se sont retrouvées sans moyens pour se déplacer ou subvenir à leurs besoins. Confronté à l’urgence, Guy Lafrenière a sollicité l’appui de son député, expliquant qu’il lui fallait un soutien financier puisqu’il ne pouvait légalement puiser dans les fonds municipaux. Deux heures plus tard, une aide de 35 000 $ a été débloquée puis portée à 80 000 $ . Cette somme a permis d’accompagner les familles évacuées et, à leur retour, de distribuer des paniers d’épicerie ainsi que du matériel scolaire. Une contribution « extrêmement précieuse dans les circonstances », résume-t-il.
Sécurité publique : une direction régionale toujours attendue
Les feux de 2023 ont mis en évidence un besoin urgent : « Les évacuations successives de Chapais, Chibougamau, Lebel‑sur‑Quévillon et Radisson ont clairement démontré la nécessité d’une direction régionale en sécurité publique pour le Nord-du-Québec », affirme René Dubé.
Une structure avait été annoncée par l'ancien ministre de la Sécurité Publique François Bonnardel, avec un bureau à Chibougamau et un bureau satellite à Lebel-sur-Quévillon, mais les compressions budgétaires ont ralenti le projet.
« En théorie, cela devait se concrétiser, mais des coupures sont survenues. »
Le maire réclame une direction dédiée exclusivement au Nord-du-Québec, dotée de budgets stables et d’une expertise du territoire.
Un bilan entre espoir et impatience
René Dubé demeure optimiste, mais lucide : « Des progrès ont été réalisés. Le problème n’est pas un manque d’efforts, mais plutôt un manque d’écoute. » Il rappelle l’importance stratégique du Nord-du-Québec pour l’avenir de la province.
« Vous avez besoin des richesses du Nord et vous avez également besoin d’occuper le territoire. Nous avons donc droit à une qualité de services équivalente. »
En conclusion, les deux maires saluent la disponibilité humaine de François Legault et l’engagement du député Denis Lamothe, tout en soulignant les limites d’un appareil gouvernemental accaparé par d’autres priorités.
« Je remercie tout de même M. Legault pour sa disponibilité envers nous », conclut Guy Lafrenière, en rappelant que plusieurs dossiers essentiels demeurent sans réponse. René Dubé résume le sentiment régional : « Nous partons de très loin. »
À Matagami ou à Lebel-sur-Quévillon, les enjeux sont similaires à ceux de l’ensemble de la Baie-James : immigration, main-d’œuvre étrangère, infrastructures municipales, logement, services essentiels, santé, éducation, transport, financement lié aux ressources naturelles et navettage. Alors, entre espoirs, attentes et impatience croissante, la région continue de réclamer une gouvernance à la hauteur de son territoire.




