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Immigration à Lebel-sur-Quévillon : quand l’intégration dépasse les chiffres et devient un enjeu humain

Hind Dekkar
Hôtel de Ville de Lebel-sur-Quévillon
Publié le 1 mars 2026 par Hind DekkarHôtel de Ville de Lebel-sur-Quévillon / Photo : Facebook Ville de Lebel-sur-Quévillon


À Lebel-sur-Quévillon, petite municipalité de 2 100 habitants située en plein cœur de la Baie-James, l’immigration dépasse largement le cadre administratif. Pour le maire Guy Lafrenière, elle représente aujourd’hui une question de survie, autant sur le plan économique que social. « Si je retire les personnes titulaires d’un permis temporaire, il ne me reste plus de commerces. Mes restaurants, mon épicerie : tout disparaîtrait », confie-t-il, préoccupé par la situation.

Avec 1 785 personnes issues de l’immigration dans la région, le poids démographique est loin d’être négligeable pour un territoire aussi faiblement peuplé. À Lebel-sur-Quévillon seulement, 26 nationalités se côtoient au quotidien. Pour le maire, cette pluralité n’a rien d’un simple symbole : elle structure concrètement la vie locale, qu’il s’agisse des écoles, des services ou encore du tissu entrepreneurial.

Des permis temporaires devenus indispensables

D’après Guy Lafrenière, 220 travailleurs possèdent actuellement un permis temporaire dans la région, auxquels s’ajoutent 75 détenteurs d’un permis de mobilité internationale. Leur contribution est directe et tangible : ils soutiennent les commerces, les industries et même les services publics. « C’est effrayant ce qui se passe actuellement. Le gouvernement semble avoir décidé qu’on n’a plus besoin des travailleurs temporaires. Je ne sais pas ce que pense le ministre responsable de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Jean-François Roberge… j’ai l’impression qu’il a oublié que ce sont des humains », déplore-t-il.

Guy Lafrenière, maire de Lebel-sur-Quévillon Photo : Hind Dekkar Guy Lafrenière, maire de Lebel-sur-Quévillon

Le maire demeure néanmoins attentif à certains signaux politiques qu’il juge encourageants. Il mentionne notamment des prises de position de députés et de ministres favorables à davantage de souplesse : « Monsieur Dainville a commencé à avoir de la flexibilité, madame Fréchette également. C'est de bonne augure», souligne-t-il.

Une mobilisation rare du milieu économique

Il revient aussi sur une conférence de presse organisée à Québec, qu’il considère comme la « plus belle » de toute sa carrière municipale. Autour de la table se trouvaient des représentants de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), des chambres de commerce, des syndicats, des universités ainsi que du secteur agricole. Selon lui, tous affichaient une position commune : obtenir une “clause grand-père” afin de protéger les travailleurs déjà établis.

« On a fait venir des gens de l’immigration au Québec. C’est pas vrai qu’on va les retourner. Ça n’a pas de sens qu’on fasse ça à des humains. »

À ses yeux, renvoyer ces personnes serait non seulement injuste, mais totalement incohérent avec les besoins réels des régions. « Si le ministre ne devient pas flexible, qu’on le change pour un autre. C’est aussi simple que ça. »

Pourquoi certains s’enracinent… et d’autres repartent

Questionné sur le fait que les travailleurs québécois provenant d’autres régions demeurent rarement à la Baie-James, contrairement aux travailleurs étrangers, le maire répond sans détour. « Quand quelqu’un part d’un pays étranger et arrive à Lebel-sur-Quévillon, il reste. Ses enfants vont à l’école, ils jouent au hockey, ils font vivre ma ville. » À l’opposé, plusieurs travailleurs québécois venus d'autres régions de la province, quittent le territoire dès leurs périodes de congé. « Ils dépensent pas un sou chez nous. Ils ne font pas vivre ma ville. »

Pour lui, le constat ne laisse place à aucune ambiguïté, l’immigration constitue aujourd’hui un pilier essentiel pour la vitalité des régions. Elle stabilise la démographie, soutient les écoles, permet de maintenir les services de santé et assure la survie des commerces, « la seule façon de sauver les régions, c’est par l’immigration. »

Protéger ceux qui ont déjà bâti leur vie ici

Selon le maire, la priorité des élus jamésiens est de sécuriser le statut des travailleurs déjà présents grâce à une clause de droits acquis, « pas question de les retourner. On les garde. »

Il admet que le gouvernement puisse ajuster ses critères pour les futurs arrivants, mais il refuse que ceux qui sont déjà intégrés paient le prix de ces changements. « C’est nous qui les avons fait venir pour sauver nos industries. Maintenant qu’ils les ont sauvées, on veut les retourner ? Voyons donc ! »

Une solidarité qui dépasse la région

Membre du conseil d’administration de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), où il représente le Nord-du-Québec, Guy Lafrenière affirme travailler en étroite collaboration avec d’autres élus afin de promouvoir une approche plus humaine et cohérente, « Les gens de l’immigration, ce sont des humains partout au Québec. On les a fait venir, gardons-les. Vive les gens de l’immigration. »