
Crise forestière : Québec promet des mesures pour stabiliser l’industrie, un enjeu pour la Baie‑James

Alors que l’industrie forestière fait face à une période particulièrement difficile, le gouvernement du Québec a annoncé plusieurs mesures destinées à soutenir les entreprises, les travailleurs et les communautés dont l’économie dépend fortement de la forêt. En Baie-James, où la transformation du bois occupe une place centrale dans l’activité économique, ces annonces sont observées avec beaucoup d’attention.
Le secteur est fragilisé depuis plusieurs mois, notamment en raison des droits compensatoires imposés par les États-Unis et d’un ralentissement global des marchés. Dans plusieurs régions, ces pressions ont déjà mené à des arrêts temporaires d’usines et à des mises à pied.
Une redevance supprimée pour réduire les charges des scieries
Parmi les mesures annoncées, le gouvernement prévoit abolir la redevance annuelle exigée depuis 2013 pour détenir une garantie d’approvisionnement en bois. Le Québec était jusqu’ici la seule province à conserver ce mécanisme.
D’après le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF), cette décision entraînera une diminution permanente des revenus de l’État d’environ 20,9 millions de dollars par année. En contrepartie, elle devrait alléger les coûts d’approvisionnement pour les scieries. Dans le Nord-du-Québec, où les distances à parcourir, la disponibilité de la main-d’œuvre et les défis logistiques augmentent déjà les dépenses d’exploitation, cette mesure pourrait représenter un soulagement financier appréciable.
Le ministère précise que les revenus liés à la tarification du bois, désormais ajustée chaque mois en fonction de la conjoncture du marché, devraient rester globalement comparables sur un cycle économique d’environ cinq ans, même si les variations d’une année à l’autre risquent d’être plus marquées.
Une tarification revue pour mieux suivre le marché
Québec estime également que le système actuel de tarification du bois provenant de la forêt publique ne reflète plus adéquatement les conditions économiques vécues par les entreprises. Le nouveau modèle envisagé comprendrait deux éléments : un taux minimal destiné à garantir le financement des activités d’aménagement forestier, comme le reboisement, et un mécanisme d’ajustement mensuel basé sur la rentabilité moyenne du secteur.
Pour les usines situées en Baie-James, souvent plus exposées aux fluctuations du marché en raison de leur éloignement, cette formule plus flexible pourrait offrir une certaine marge de manœuvre lors des périodes de ralentissement.
Abandon du système d’enchères pour stabiliser les volumes
Le gouvernement propose aussi de mettre fin au système d’enchères pour la majorité des volumes de bois. Ce mécanisme est critiqué depuis plusieurs années par l’industrie, qui le juge à la fois complexe sur le plan administratif et peu efficace.
Les volumes seraient plutôt attribués sur une base annuelle. Cette approche donnerait davantage de prévisibilité aux entreprises de la Baie-James, qui doivent planifier leurs activités sur de très vastes territoires et sur des horizons plus longs que les usines situées plus au sud.
Quant à la question de la valeur du bois sans recours aux enchères, le MRNF indique que la tarification reposera désormais sur divers indicateurs économiques et financiers plutôt que sur le seul jeu du marché. Le ministère assure également qu’un niveau minimal de revenus sera maintenu pour soutenir les activités essentielles d’aménagement forestier.
Québec souhaite par ailleurs autoriser la mise en place de projets pilotes afin de tester de nouvelles approches en matière de gestion forestière. Cette possibilité, qui n’existe pas actuellement dans la loi, pourrait permettre d’expérimenter des pratiques mieux adaptées aux réalités du Nord, où les cycles de croissance des forêts, les perturbations naturelles et les coûts d’exploitation diffèrent sensiblement de ceux observés ailleurs dans la province. Un appel à projets devrait être lancé prochainement, et les initiatives retenues pourraient servir de base à une future réforme du régime forestier.
Jusqu’à 60 000 emplois menacés
Selon les estimations du gouvernement, près de 60 000 emplois seraient actuellement à risque dans l’ensemble de la filière forestière québécoise. En Baie-James, où plusieurs localités dépendent directement ou indirectement de cette industrie, les inquiétudes demeurent bien présentes.
Les travailleurs de villes comme Matagami, Lebel-sur-Quévillon ou Chibougamau ont déjà connu des périodes d’incertitude liées aux arrêts de production. Interrogé sur les mesures d’aide immédiates pour les travailleurs touchés, le MRNF rappelle que différents programmes sont déjà en place, notamment le PARESAU pour les entreprises stratégiques en difficulté, le programme FRONTIÈRE destiné aux régions éloignées, ainsi que le programme ESSOR, qui soutient la transformation et la diversification industrielle. Le ministère précise toutefois que les mesures législatives proposées visent avant tout à éviter les fermetures d’usines plutôt qu’à intervenir une fois qu’elles surviennent.
Une réforme attendue, mais encore des questions
Si plusieurs acteurs de l’industrie réclamaient depuis longtemps des changements visant à réduire les coûts et à offrir davantage de prévisibilité, certaines incertitudes subsistent. En Baie-James, plusieurs se demandent encore si ces mesures suffiront à stabiliser des installations déjà fragiles, si la nouvelle tarification permettra de financer adéquatement l’aménagement forestier dans le Nord et si les programmes d’aide tiennent réellement compte des réalités vécues par les travailleurs des régions éloignées.




