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Baie‑James : un module pédagogique pour renforcer les liens entre populations et territoire

Hind Dekkar
Ville de Matagami
Publié le 4 août 2026 par Hind DekkarPhoto : Facebook Attraction Baie-James


Un projet de formation professionnelle développé à la Baie‑James vient d'obtenir un appui de 100 000 $ du Fonds d’initiatives nordiques, un programme géré par la Société du Plan Nord (SPN). Sélectionné parmi vingt projets jugés porteurs pour le Nord‑du‑Québec, celui de la professeure Émilie Fortin‑Lefebvre du Département de management de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), vise à intégrer un module pédagogique hybride consacré à l’éthique territoriale au sein des programmes du Centre de formation professionnelle (CFP) de la Baie‑James.

Cette initiative s’inscrit dans un projet de recherche plus vaste intitulé « Former pour habiter la nordicité », dirigé par le post‑doctorant Sébastien Girard Lindsay, et auquel Fortin‑Lefebvre contribue en tant que directrice du Centre d’études pour l'autonomie économique des peuples autochtones (AEPA).

Un Nord en pleine mutation

Le territoire d'Eeyou Istchee Baie‑James vit des changements démographiques et sociaux contrastés. La population non autochtone, très mobile, se renouvelle constamment au gré des besoins de main‑d’œuvre, ce qui freine l'enracinement local et morcelle les liens au territoire. Pendant ce temps, les communautés autochtones connaissent une croissance démographique soutenue, ce qui redessine peu à peu les équilibres politiques, sociaux et identitaires de la région.

Ces dynamiques entraînent leur lot de conséquences, déclin démographique dans plusieurs municipalités jamesiennes, perte d'influence politique régionale, difficulté à retenir une expertise locale et dépendance accrue envers les décisions prises dans le sud. Elles fragilisent aussi l'assiette fiscale municipale, puisque les retombées économiques générées sur place sont souvent rapatriées ailleurs. Dans ce contexte, le manque d’espaces de dialogue structurés entre Jamésiens, Autochtones et travailleurs allochtones peut nourrir des incompréhensions persistantes. D'où l’importance de concevoir des outils qui favorisent une lecture commune du territoire, de ses usages et des responsabilités partagées liées à son occupation.

Former autrement : un module centré sur l'éthique territoriale

Le CFP de la Baie-James, qui regroupe douze programmes dans les domaines minier, mécanique et de la santé, constitue un point de rencontre singulier entre populations jamesienne, autochtone et allochtone. Le projet veut y intégrer un module hybride abordant les valeurs territoriales, les responsabilités collectives, les réalités sociopolitiques du Nord, les relations interculturelles et les modes d'utilisation du territoire. L'idée est d'offrir aux futurs travailleurs des repères solides pour développer un rapport conscient et respectueux envers le territoire et ses communautés.

Une démarche en trois temps

La première étape vise à bâtir les contenus en concertation avec le personnel du CFP de la Baie-James et les partenaires régionaux. La deuxième consiste à concevoir et mettre à l’essai les outils pédagogiques, notamment par des groupes de discussion et des visites d'infrastructures critiques encadrées par Troilus Gold et Hydro‑Québec. La troisième, prévoit l'intégration du module dans les programmes de formation professionnelle du centre.

L'initiative peut compter sur l’appui de partenaires de premier plan, dont l'Administration régionale Baie‑James (ARBJ), Troilus Gold et Chantiers Chibougamau. Ceux‑ci y voient un moyen concret de renforcer la cohésion sociale et la vitalité du territoire.