
À Lebel-sur-Quévillon, le retard de Windfall reconfigure les plans de développement

Le projet d'exploitation du gisement d'or Windfall, mené par la société sud-africaine Gold Fields, est entré dans une zone d'incertitude réglementaire. Le permis d'exploration au sol ayant expiré le 31 août dernier et le certificat d'autorisation du Comité d'examen des répercussions sur l'environnement et le milieu social (COMEX) n'étant toujours pas délivré, tous les travaux de développement souterrain sont à l'arrêt. Les autorités locales évaluent ce report à au moins six mois, repoussant la phase de construction du complexe minier au printemps prochain. Pour la municipalité de Lebel-sur-Quévillon, les retombées économiques attendues se retrouvent ainsi temporairement gelées.
Pour la municipalité, chaque semaine passée sans décision environnementale retarde les investissements d'infrastructures. La suspension des activités sur le gisement, situé à environ 115 kilomètres du noyau urbain, oblige la Ville à réajuster la planification de ses grands travaux, dont la modernisation de l'aéroport, budgétisée pour la période 2026-2027. Le maire, Guy Lafrenière, ne cache ni sa surprise ni sa déception :
« La minière pensaient obtenir l’autorisation du COMEX leur permettant d’amorcer les travaux de construc, mais ce n'est pas encore réglé. Le projet se retrouve retardé d'au moins six mois, jusqu'au printemps. Eux devaient être tristes, mais nous, nous le sommes doublement. »
Ce délai touche également l'emploi régional. L'arrêt des travaux d'exploration a provoqué des mises à pied chez les sous-traitants de la région. Le paradoxe est d'autant plus frappant que Gold Fields a mobilisé des capitaux massifs pour acquérir la totalité du projet dont le capital de construction révisé frôle désormais 2,7 milliards de dollars canadiens, tandis que des travailleurs qualifiés se retrouvent au chômage ou quittent le territoire pour trouver des contrats temporaires ailleurs.
Le paradoxe de l'attentisme
La municipalité n'a pas cessé pour autant de préparer le terrain et continue de viabiliser ses lots pour accueillir les entreprises. Toutefois, l'attraction de fournisseurs et de services connexes se heurte à une forme d'attentisme. En effet, les infrastructures industrielles sont prêtes pour un afflux économique qui demeure bloqué aux portes de la réglementation. Le calendrier de mise en chantier n'étant pas fixé, les investissements privés demeurent en suspension :
« On a quelques rencontres présentement avec d'autres entreprises et des fournisseurs, mais évidemment, ils veulent s'assurer qu'il y ait une mine avant d'acheter un terrain. Tout ça est un peu mis de côté pour l'instant. »
Après avoir formellement appuyé le projet lors des audiences publiques de juin 2025, la collectivité entend respecter l'indépendance du processus d'évaluation du COMEX.
Diversification et potentiel géologique
Lebel-sur-Quévillon a déjà traversé les aléas de l'industrie des ressources naturelles, et sa structure économique ne repose pas uniquement sur le projet Windfall. Le secteur forestier et la transformation de la pâte et du papier maintiennent leur stabilité, tandis que le potentiel minier du territoire demeure prometteur.
Trois autres sociétés d'exploration poursuivent activement des travaux de prospection dans un rayon restreint autour du périmètre urbain, avec des cibles d'intérêt situées entre 30 et 34 kilomètres de la ville. Ces indices représentent des leviers de consolidation économique à moyen et long terme pour le bassin d'emploi local.
« Cela fait maintenant cinq ans que je me dis que la mine ouvrira l’année suivante. Nous avons donc très hâte que ce projet se concrétise. Toutefois, le COMEX doit d’abord délivrer l’autorisation environnementale requise. Une fois que toutes les exigences auront été satisfaites et que le dossier sera conforme, le permis sera accordé. »
Le passage à la phase d'exploitation de Windfall reste donc conditionné à la délivrance de l'autorisation environnementale. En attendant la décision des autorités réglementaires, Lebel-sur-Quévillon réajuste sa gestion budgétaire tout en maintenant ses capacités d'accueil pour le prochain cycle de croissance industrielle.




