
Stratégie régionale antifraude : premiers résultats positifs pour la Sûreté du Québec

Six mois après la mise en place d’une stratégie régionale destinée à contrer les fraudes visant particulièrement les personnes âgées, la Sûreté du Québec (SQ) présente un premier bilan jugé encourageant. Selon le lieutenant François Lareau, responsable de la Division des enquêtes et co-instigateur du projet, cette initiative concertée a déjà permis de déclencher deux alertes importantes et de procéder à l’arrestation de trois suspects liés à des groupes criminels actifs dans la région.
Plusieurs fraudeurs proviennent des grands centres urbains et se déplacent vers l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec afin de mettre en œuvre des stratagèmes bien connus, notamment les fraudes dites « grands-parents » ou « bons amis ». Le principe consiste à faire croire à la victime qu’un proche vit une situation urgente comme une arrestation, un accident ou un problème à l’étranger et qu’une somme d’argent doit être envoyée immédiatement : « Ces groupes en font une occupation à temps plein. Ils descendent des grands centres pour venir faire ça dans nos régions », explique le lieutenant Lareau. Dans certains cas, les fraudeurs demandent aux victimes de déposer l’argent dans une boîte postale ou de le laisser directement à leur domicile, une méthode qui rend ensuite la traçabilité beaucoup plus difficile.
Grâce à la stratégie régionale, les policiers ont pu intervenir rapidement. « Nous avons réussi à procéder à l’arrestation de trois individus différents, ce qui a permis la saisie de biens et d’argent, et le dépôt d’accusations », précise le lieutenant. « On est bien heureux des résultats pour le moment. »
Une collaboration inédite entre plusieurs partenaires
Le projet repose sur une collaboration étroite entre plusieurs organisations de la région. Les institutions financières, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Abitibi-Témiscamingue, le Centre régional de santé et de services sociaux (CRSSS) de la Baie-James et la Sûreté du Québec travaillent désormais de façon coordonnée pour détecter plus rapidement les situations suspectes.
Les employés des institutions financières jouent d’ailleurs un rôle central dans ce processus. Comme ils sont souvent les premiers à constater des retraits inhabituels ou des comportements inquiétants chez des clients vulnérables, leur vigilance permet d’alerter rapidement les autorités : « Lorsque le groupe frauduleux se présente en région, la SQ est mise au courant rapidement. Les institutions financières posent des questions, ce qui améliore la communication et permet de déclencher l’Alerte Fraude », explique le lieutenant Lareau. Une fois l’alerte déclenchée, les médias locaux, les institutions financières et les corps policiers sont informés simultanément afin de prévenir rapidement la population.
L’implication du CISSS et du CRSSS de la Baie-James apporte également un volet psychosocial important. Elle permet notamment d’offrir un accompagnement aux victimes et de mieux prévenir les situations d’abus financiers dans les succursales.
Même si les fraudeurs peuvent cibler des personnes de tous âges, les aînés demeurent les plus à risque, « ils vont être plus émotionnels, plus faciles à convaincre que leurs petits-enfants sont dans le trouble », observe le lieutenant Lareau. Leur réflexe naturel d’aider rapidement un proche, parfois sans prendre le temps de vérifier l’information, peut malheureusement jouer en faveur des fraudeurs.
Fraudes en ligne en forte progression
En parallèle des stratagèmes traditionnels, la Sûreté du Québec observe également une hausse importante des fraudes commises sur Internet. Les arnaques liées à l’investissement, particulièrement celles associées à la cryptomonnaie, sont de plus en plus fréquentes. « Souvent, ce sont des plateformes frauduleuses et les personnes perdent leur argent. Il faut vérifier auprès de conseillers financiers ou de l’Autorité des marchés financiers », rappelle le lieutenant.
Les fraudes amoureuses connaissent aussi une croissance notable. Dans ces situations, un individu crée un lien affectif avec sa victime en ligne avant de lui demander de l’argent, « si vous n’avez jamais rencontré la personne et qu’elle vous demande de l’argent, il y a de fortes probabilités que ce soit une fraude », insiste-t-il.
Des réflexes simples pour prévenir les fraudes
Les autorités invitent la population à adopter quelques réflexes essentiels pour réduire les risques. Il est d’abord recommandé de toujours vérifier l’identité de la personne qui communique avec vous en appelant directement le proche ou l’institution concernée. Il est également important de protéger ses renseignements personnels et de ne jamais transmettre d’informations sensibles à un inconnu. Les citoyens sont aussi encouragés à se méfier des situations présentées comme urgentes, puisque les fraudeurs misent souvent sur la pression et l’émotion pour pousser leurs victimes à agir rapidement. Enfin, toute situation suspecte peut être signalée à la Sûreté du Québec, qui reçoit ce type d’information de manière confidentielle et anonyme.
Depuis le déploiement de cette stratégie, la Sûreté du Québec observe une augmentation des signalements liés aux abus financiers et aux situations de maltraitance. Les partenaires régionaux comptent d’ailleurs poursuivre cette collaboration, qui semble déjà produire des résultats concrets.




