Logo Aurore

Révision de la politique de déplacement en santé : une consultation cruciale pour la Baie-James

Hind Dekkar
Aîné dans une voiture
Publié le 24 mars 2026 par Hind DekkarPhoto : Pexels


Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a lancé une grande consultation publique sur la Politique de déplacement des usagers, un exercice attendu depuis longtemps. Du côté de la Table de concertation des aînés du Nord-du-Québec (TCANQ), on estime que cette initiative ne tombe pas du ciel; elle fait suite à un avis stratégique soumis à la ministre à l’automne 2024.

« Nous sommes très satisfaits de voir cet avis aboutir », souligne le directeur général, Luc Néron. À ses yeux, cette démarche montre enfin une prise de conscience des difficultés liées à l’éloignement géographique. « Le ministère semble reconnaître l’importance des enjeux de mobilité pour accéder à des soins spécialisés. C’est très encourageant pour nous. »

Une limite de 200 kilomètres qui pose problème

Le principal point de friction repose sur une règle jugée trop rigide. Selon la politique actuelle (circulaire 2023-018), les frais de transport et d’hébergement ne sont remboursés que si le patient doit parcourir plus de 200 kilomètres pour obtenir des soins absents de sa région.

Dans les faits, cette limite crée des situations inéquitables. « Par exemple, entre Matagami et Amos, il y a 187 km. Il manque seulement 13 km pour être admissible. À Lebel-sur-Quévillon, c’est 171 km », explique M. Néron. Résultat : plusieurs aînés, souvent avec des revenus modestes, doivent assumer eux-mêmes l’ensemble des dépenses — essence, repas, parfois hébergement — même lorsqu’aucune option locale n’existe. La TCANQ estime que le coût plus élevé de la vie en région nordique justifie une révision rapide de ce seuil.

Le MSSS invite actuellement la population à donner son avis par le biais de sondages en ligne visant à moderniser cette politique. Les citoyens du Nord-du-Québec, ont jusqu’au 8 avril pour participer. L’objectif est notamment de revoir les allocations de déplacement et de mieux reconnaître le rôle crucial des accompagnateurs, souvent essentiels pour les aînés en perte d’autonomie.

Luc Néron encourage fortement la participation : « C’est important de faire entendre notre réalité. Les propositions soumises dans le questionnaire peuvent réellement influencer les décisions à venir. »

Entre échéancier politique et besoins urgents

Même si la consultation se termine ce printemps, les changements pourraient prendre du temps à se concrétiser, notamment en raison du contexte électoral. Les élections provinciales prévues à l’automne pourraient ralentir le processus. « Je doute qu’on voie des ajustements dès 2026, mais j’espère qu’en 2027, des mesures concrètes seront enfin mises en place », avance M. Néron.

Un enjeu qui dépasse le transport

La question du transport s’inscrit dans une problématique plus large liée au vieillissement de la population. Selon l’Institut de la statistique du Québec, le Nord-du-Québec fait partie des régions où la population âgée de 65 ans et plus augmente rapidement. Pourtant, l’offre en logements adaptés, comme les RPA et les CHSLD, peine à suivre.

La TCANQ a d’ailleurs déposé un autre avis en 2025 portant sur l’accès à l’hébergement. Le cabinet de la ministre s’est dit préoccupé par la situation, laissant entrevoir une possible nouvelle consultation. Pour Luc Néron, il faut continuer de faire pression pour que les aînés puissent vivre dans leur région, dans des conditions dignes et sécuritaires.