
La Baie-James en déclin démographique malgré une économie dynamique

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a dévoilé son plus récent portrait démographique, mettant en lumière plusieurs changements importants dans l’évolution de la population québécoise en 2025. En Jamésie, comme dans plusieurs autres régions de la province, les variations liées à la natalité, à la mortalité et aux migrations transforment peu à peu le visage démographique du territoire.
Pendant longtemps, la Jamésie se distinguait par un taux de natalité plus élevé que la moyenne québécoise. Cette réalité semble toutefois perdre de son importance. Les chiffres les plus récents indiquent une diminution marquée des naissances, alors qu’on enregistrait régulièrement plus de 150 naissances par année auparavant, ce nombre tourne désormais autour de 110 en 2024.
Le démographe Frédéric Fleury-Payeur estime que cette situation reflète une tendance observée dans l’ensemble du Québec. Selon lui, « il semblerait que, comme partout ailleurs au Québec, la fécondité des femmes de la Jamésie a baissé au cours des dernières années ». Il précise également que cette diminution n’est pas attribuable à une hausse des départs de femmes en âge d’avoir des enfants.
Un bilan naturel déficitaire
En parallèle, le nombre de décès augmente dans la région, notamment en raison du vieillissement de la population et d’un taux de mortalité légèrement supérieur aux prévisions. Cette combinaison entraîne désormais un bilan naturel négatif.
Comme le souligne le démographe, « on est maintenant dans un contexte de surplus de décès par rapport aux naissances ». Concrètement, la région enregistre environ une trentaine de décès de plus que de naissances. Cette situation participe directement à la diminution du nombre de résidents permanents en Jamésie.
La migration interrégionale continue d’avoir un impact majeur sur l’évolution de la population jamésienne. Déjà déficitaire depuis plusieurs années, ce phénomène s’est accentué en 2024-2025 avec une perte nette de 174 personnes, comparativement à environ 140 les années précédentes. Quant à la migration internationale, qui avait auparavant contribué à stabiliser la population régionale, les données pour l’année actuelle ne sont pas encore disponibles à l’échelle de la Jamésie.
L’ISQ ne diffuse pas de statistiques détaillées sur l’espérance de vie par MRC, ce qui limite les comparaisons directes avec la moyenne provinciale. Frédéric Fleury-Payeur rappelle néanmoins que les régions voisines du Nord-du-Québec présentent généralement des niveaux inférieurs à ceux du reste du Québec, particulièrement au Nunavik.
Le nombre de mariages suit lui aussi une tendance à la baisse. Au cours des dernières années, la Jamésie enregistrait environ 15 mariages annuellement. L’année 2024 a connu une légère remontée avec 21 unions célébrées, mais ces chiffres demeurent bien en dessous des niveaux observés au début des années 2010.
Une population en diminution, malgré une forte activité économique
En 1996, la Jamésie comptait environ 18 700 habitants permanents. Aujourd’hui, ce nombre se situe plutôt autour de 13 500. Bien que cette baisse soit bien réelle, elle ne traduit pas complètement la réalité économique de la région.
Le démographe rappelle notamment l’importance du phénomène du Navettage ( fly-in fly-out) dans les secteurs minier et industriel, où plusieurs travailleurs séjournent temporairement sur le territoire sans y résider officiellement. Il précise d’ailleurs : « d’un point de vue de population ayant leur lieu de résidence habituel, il y a une diminution réelle ».
Dans l’ensemble, les données publiées par l’Institut de la statistique du Québec démontrent que la Baie-James traverse actuellement une période de transformation démographique marquée par un recul naturel de la population et des pertes migratoires plus importantes qu’auparavant. Si certains indicateurs suivent des tendances similaires à celles observées ailleurs dans la province, d’autres réalités propres au territoire, comme le fly-in fly-out, rappellent que les statistiques de population ne reflètent pas toujours toute la complexité du terrain.




