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Observatoire de la Baie-James : un outil prometteur pour mieux comprendre le territoire

Nicolas Fivel
Malgré certaines contraintes actuelles, le projet pourrait transformer la planification et le développement régional à long terme.
Publié le 31 mars 2026 par Nicolas FivelLancement de l'Observatoire de la Baie-James, le 26 novembre 2025 / Photo : Hind Dekkar

Officiellement lancé le 26 novembre 2025, l’Observatoire de la Baie-James — porté par l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) — cherche à combler un manque important en matière de données régionales. Quatre mois plus tard, ce nouvel outil en est encore à ses débuts, mais suscite déjà un intérêt notable dans une région comme la Baie-James, où les réalités locales sont souvent peu représentées dans les grandes enquêtes statistiques.

Dans un territoire vaste comme celui-ci, aussi peu peuplé et isolé, l’accès à des données fiables et adaptées devient alors un levier essentiel pour orienter les décisions politiques, soutenir le développement local et mieux comprendre les enjeux régionaux.

Deux bulletins publiés depuis le lancement en novembre 2025

Depuis le lancement, l’équipe de l’Observatoire a publié deux premiers bulletins accessibles en ligne — l'un à la mi-décembre 2025, puis le second fin février 2026 — offrant un aperçu initial de la réalité jamésienne.

Ces publications abordent des thématiques diverses et variées comme le logement, l’emploi, le navettage ou encore le revenu viable. Cependant, ces premières analyses reposent principalement sur des données déjà disponibles.

« Pour le moment, on a fait deux bulletins qu’on a diffusés sur nos plateformes — soit notre page Internet et notre page Facebook. Présentement, ce sont des données qu’on a recueillies de Statistique Canada, de différents documents qui nous ont été remis soit par l’Administration régionale Baie-James (ARBJ), par le Centre de santé et de services sociaux de la Baie-James, des documents qu’on a trouvés dans les différents sites Internet et les différents ministères ou organismes de la région », explique Alexandra Lavoie, agente de recherche à l’Observatoire de la Baie-James.

Des données encore incomplètes et difficiles à interpréter

Ce premier bilan met en lumière un enjeu fondamental, selon lequel les régions éloignées sont plus souvent invisibilisées dans ces grandes bases de données nationales. Et lorsqu’elles y apparaissent, c’est parfois de façon approximative et diluée.

« C’est certain que nos données — si je prends l’emploi — souvent combinées à celles de la Côte-Nord, donc pour le moment, c’est difficile de les désagréger, de les séparer. […] Il faut toujours y aller avec prudence parce qu’une personne, dans une localité, peut faire “jouer la donnée” », ajoute-t-elle.

Dans une région à faible densité de population, chaque variation individuelle peut effectivement influencer les statistiques, selon l'agente de recherche à l’Observatoire de la Baie-James, rendant leur interprétation plus délicate.

Un outil accessible, mais un impact encore difficile à mesurer

Malgré ces contraintes, l’observatoire suscite un intérêt réel. En seulement quatre mois, environ 80 personnes se sont abonnées à son bulletin, provenant de milieux variés : citoyens, organismes communautaires, institutions publiques ou encore ministères.

Un chiffre qui peut sembler de prime abord encourageant, mais qui ne permet pas encore d’évaluer pleinement l’impact concret de ces données sur les décisions ou les actions sur le terrain.

Pour l’instant, l’Observatoire de la Baie-James ne réalise pas encore ses propres collectes de données, une étape qui pourrait s’avérer cruciale dans les prochaines années pour combler les lacunes informationnelles.

Mieux connaître le territoire pour mieux planifier l’avenir

Au cœur du projet, une idée simple : mieux connaître son territoire pour mieux le développer.

« Plus tu connais ton milieu, plus tes données sont claires par rapport à ton milieu et meilleure sera ta planification. Il y a plusieurs observatoires au Québec qui travaillent sur la stratégie de la vitalité des territoires. Nous, on ne fait pas ça parce qu’on n’a pas ce mandat, mais les données qu’on va sortir pourront éventuellement servir aux organismes : notre objectif est qu’on puisse avoir une meilleure connaissance de ce qui se passe dans le milieu », affirme Alexandra Lavoie.

À terme, l’observatoire pourrait ainsi devenir le pivot des décisions stratégiques à l’échelle régionale, touchant des secteurs centraux comme le logement, l'emploi, la mobilité et la santé, capable d’orienter les municipalités et les organismes.

Un projet très attendu depuis près de 20 ans

En outre, s'il a pu voir le jour, c’est également grâce à une importante mobilisation pilotée par la Fondation de l’UQAT, et plus précisément sa directrice générale, Karine Gareau.

« Dans le cadre de la grande campagne, la fondation était là pour trouver les investisseurs et les partenaires pour pouvoir faire fonctionner et lancer ces projets-là. Je sais que depuis près de 20 ans, il y avait vraiment une volonté des gens du territoire de créer un observatoire puisqu’il y avait besoin de données concrètes. Et finalement, on a eu la chance de le lancer en novembre dernier parce qu’on a trouvé les partenaires pour pouvoir aller de l’avant », se réjouit Mme Gareau.
Karine Gareau, directrice générale de la Fondation de l'UQAT, lors du lancement de l’Observatoire de la Baie-James en novembre 2025Photo : Hind DekkarKarine Gareau, directrice générale de la Fondation de l'UQAT, lors du lancement de l’Observatoire de la Baie-James en novembre 2025

Près d’un million de dollars ont été amassés pour soutenir le projet, incluant la participation de plusieurs partenaires régionaux et institutionnels. Services Québec, le ministère des Affaires municipales et de l'Habitation ou encore Hydro-Québec figurent parmi la liste.

« Sans dire que ça a été facile, c’était un projet qui était tellement désiré dans le milieu depuis plusieurs années que l’ARBJ nous a été d’un grand support […] Tous ces donateurs font partie de ceux qui ont permis à l’observatoire de voir le jour », précise-t-elle.

Au-delà du financement, c’est l’adhésion du milieu qui marque les esprits : « Ça a été une mobilisation quand même assez impressionnante ; moi je n’ai que des bons mots pour les gens qui ont embarqué dans le projet. Ça a été vraiment une belle histoire », souligne la directrice générale.

Vers une nouvelle culture de la donnée à la Baie-James ?

Pour les prochaines années, l’Observatoire de la Baie-James souhaite aller plus loin en produisant ses propres données et en répondant plus précisément aux besoins du territoire.

Dans une région souvent absente des grandes statistiques nationales, cet outil naissant pourrait transformer les approches en matière de développement économique et social.

Quatre mois après son lancement, les bases sont posées, mais le véritable défi reste à venir : produire des données locales, les rendre accessibles et surtout encourager leur utilisation par les acteurs du milieu. Car mieux connaître la Baie-James, c’est aussi se donner les moyens de mieux planifier son avenir.