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Matagami choisit la prudence : hausse limitée des taxes et investissements majeurs pour moderniser la ville

Hind Dekkar
Hôtel de Ville de Matagami
Publié le 19 janvier 2026 par Hind DekkarHôtel de Ville de Matagami / Photo : Hind Dekkar


Le conseil municipal de Matagami a entériné, le 17 décembre 2025, son budget pour l’année 2026 dans un contexte où la prudence financière reste de mise. Trois ans après la fermeture de la mine, dont les répercussions se font encore sentir sur les finances locales, la Ville poursuit une gestion rigoureuse afin de préserver des services de qualité et de limiter, autant que possible, la pression fiscale sur les citoyens.

« Chaque augmentation a un impact concret sur les familles. Notre rôle, c’est de trouver le juste milieu entre les dépenses réelles, le maintien des services et la capacité de payer de la population », a expliqué le maire René Dubé.

Pour 2026, le budget prévoit des revenus et des dépenses totalisant 6,51 millions de dollars, ce qui représente une augmentation de 5,8 % comparativement à l’année précédente. Cette croissance s’explique notamment par la hausse de la valeur foncière des bâtiments et par de nouvelles constructions, contribuant ainsi à une certaine stabilité financière. La Ville continue également de diversifier ses sources de revenus afin de réduire sa dépendance à la taxation.

Une hausse de taxes modérée et un ajustement progressif pour les eaux usées

Le conseil municipal a établi une augmentation générale de 3 % des taxes et des tarifs pour 2026. À cela s’ajoute un plan de redressement de la tarification liée au traitement des eaux, étalé sur cinq ans, ce qui représente une hausse annuelle d’environ 50 $ par utilisateur. Cet ajustement vise à mieux refléter les coûts réels du traitement des eaux usées, lesquels ont augmenté de façon marquée depuis la modernisation des installations en 2016 et 2017. « On ne peut pas continuellement repousser des ajustements qui découlent directement de nos coûts d’exploitation. L’étalement sur cinq ans permet d’éviter un choc tarifaire tout en assurant la qualité des services », souligne René Dubé. Malgré ces ajustements, le fardeau fiscal moyen demeure légèrement inférieur à la moyenne régionale.

Une gestion serrée pour préserver les services

Malgré les contraintes financières, la Ville affirme maintenir un contrôle strict de ses dépenses : « Chaque dollar est surveillé. On évite les dépenses inutiles et on optimise ce que nous avons », indique le maire. Il rappelle que Matagami, en raison de son statut particulier sans MRC, doit assumer seule l’ensemble de ses responsabilités administratives, ce qui exige une rigueur accrue. « Nous sommes une petite équipe dans un petit milieu, mais les services sont bien présents », ajoute-t-il, en mentionnant notamment le déneigement et l’entretien des infrastructures.

9,6 M$ pour moderniser les infrastructures

Le Programme triennal d’immobilisations prévoit des investissements totalisant 9,6 millions de dollars, principalement consacrés aux infrastructures souterraines; afin d’accélérer la modernisation du réseau sanitaire et de réduire les risques liés au vieillissement des installations.

Parmi les projets à venir figurent l’installation obligatoire de compteurs d’eau, des travaux à l’exécutoire de l’usine ainsi qu’un suivi de l’état des bâtiments municipaux, dont le centre civique. Les travaux entrepris en 2025 à la piscine se poursuivront également afin d’en assurer la sécurité et la durabilité. La Ville a par ailleurs constitué plusieurs réserves financières afin d’augmenter sa capacité de faire face aux imprévus économiques, « avoir une vision sur trois ans est essentiel. Lorsqu’un programme gouvernemental se présente, il faut être prêt », rappelle le maire.

En 2026, Matagami amorcera la première phase de modernisation de sa réglementation d’urbanisme, un dossier reporté depuis plusieurs années en raison des coûts. « Cette réglementation date d’une autre époque. Sans ressource dédiée, certains dossiers restent en suspens », explique M. Dubé. La mise à jour permettra de clarifier les règles pour les citoyens, notamment en ce qui concerne le stationnement résidentiel et les normes de construction. « Il est important que la population sache clairement ce qui est permis et ce qui ne l’est pas », insiste-t-il.

Une économie qui s’adapte

La fermeture de la mine en 2022 représentait un défi majeur, mais la Ville estime avoir su en atténuer les effets grâce à une stratégie de diversification amorcée depuis plusieurs années. « On savait qu’une mine a un cycle de vie. Pour Matagami, je crois sincèrement que nous avons bien traversé cette transition », affirme le maire. Il souligne également que la Ville ne porte aucune dette, une situation peu commune au Québec. La cour de transbordement, dont le développement se poursuit, est vue comme un moteur potentiel de nouveaux revenus, notamment en prévision d’une relance du secteur minier vers la fin de 2026. Chantiers Chibougamau contribue également à soutenir l’activité économique locale. « Ça apporte un second souffle et mobilise le milieu », mentionne M. Dubé.

Enfin, le maire qualifie le budget 2026 d’exercice équilibré et responsable : « C’est un budget prudent qui nous permet d’avancer sans dépenser plus que ce que nous avons. On fait ce qu’on peut, et on le fait bien », affirme-t-il. Malgré les incertitudes liées aux programmes gouvernementaux et aux prochaines élections provinciales, la Ville demeure fidèle à sa ligne directrice : « Le respect du fardeau fiscal des citoyens reste une priorité absolue. »

Fondée en 1963 autour de l’activité minière, Matagami s’appuie aujourd’hui sur un secteur forestier dynamique et sur sa position stratégique au Nord-du-Québec. Porte d’entrée vers la Baie-James et point de départ de la route Billy-Diamond, la ville compte environ 1 400 habitants et se distingue par sa résilience, son sens de l’adaptation et son identité nordique affirmée.