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Adapter l’immigration aux capacités régionales : un enjeu majeur pour la Baie‑James

Hind Dekkar
La députée indépendante de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina, a présenté, le 26 février 2026, le projet de loi n° 592
Publié le 4 mars 2026 par Hind DekkarLa députée indépendante de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina / Photo : Facebook Maïté Blanchette Vézina


La députée indépendante de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina, a présenté, le 26 février 2026, le projet de loi n° 592, intitulé Loi sur la régionalisation de l’immigration. Élaboré avec l’appui du Parti conservateur du Québec, ce texte propose de revoir en profondeur la façon dont l’immigration est encadrée, en confiant davantage de responsabilités aux régions. L’idée centrale est d'adapter les seuils d’immigration aux véritables capacités d’accueil et aux besoins socioéconomiques propres à chaque territoire, une question particulièrement délicate dans des secteurs comme la Baie-James.

Une volonté de sortir d’un modèle trop centralisé

Pour Mme Blanchette Vézina, le système actuel, dans lequel Québec détermine des seuils uniformes pour l’ensemble de la province, ne reflète pas la diversité des réalités régionales. « Trop souvent, on a l’impression que c’est un seuil national qui n’est pas basé sur des réalités d’intégration ou des capacités d’accueil réelles, qui peuvent être plus hautes ou plus basses selon une région ou une autre », affirme-t-elle.

Le projet prévoit ainsi la mise sur pied de 17 tables régionales de l’immigration. Ces instances regrouperaient des élus municipaux, des représentants des MRC, des acteurs du milieu économique, des organismes communautaires ainsi que des membres des communautés autochtones. Leur rôle consisterait à élaborer un plan d’immigration propre à leur région, appuyé sur une analyse fine des besoins et des ressources disponibles.

Concernant l’impact concret de ces tables, alors que le gouvernement conserverait la maîtrise des seuils globaux, la députée rejette l’idée d’un simple exercice consultatif. « Le but, c’est tout sauf une consultation symbolique. C’est un renversement de pouvoir », dit-elle.

Les plans régionaux devraient notamment intégrer la capacité d’accueil et les infrastructures déjà en place, les besoins en main‑d’œuvre, les ressources disponibles pour la francisation et l’intégration, l’offre de logements ainsi que les priorités économiques propres à chaque milieu. Le ministre de l’Immigration aurait l’obligation de considérer ces plans lors de la fixation des cibles annuelles et de les rendre publics, afin que le gouvernement fédéral puisse lui aussi s’y référer.

La Baie-James : un exemple où l’enjeu est crucial

Adopter une perspective régionale met en lumière les défis propres à des territoires comme la Baie-James. Dans cette région marquée par de nombreux postes vacants, des services essentiels fragilisés et une démographie en déclin, l’immigration ne représente plus seulement un levier de développement, elle devient un élément clé de la pérennité économique.

L’économie jamésienne s’appuie sur divers secteurs — transformation forestière, exploitation minière, commerce de proximité, services publics et infrastructures communautaires. Une baisse des seuils suscite de vives préoccupations, puisque la vitalité du territoire repose en grande partie sur la capacité à attirer et à maintenir en poste des travailleurs.

Un cadre national maintenu, mais plus de marge aux régions

Afin d’assurer une certaine cohérence entre les différentes régions, le projet de loi prévoit que le ministère de l’Immigration établisse des balises nationales. « Il y aura toujours des orientations qui pourraient venir du ministère, mais l’idée, c’est de ne pas faire seulement du haut vers le bas », insiste Mme Blanchette Vézina.

Elle souligne d’ailleurs que la régionalisation de l’immigration n’est pas une idée nouvelle. Dans les années 1980, par exemple, des familles vietnamiennes réfugiées avaient été accueillies jusque dans des municipalités comme Trois-Pistoles, « ça a fonctionné pendant plusieurs années. Maintenant, il faut aller plus loin », dit-elle.

Une protection pour les personnes déjà engagées dans le processus

Le texte comprend également une clause de droits acquis, revendiquée depuis la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Cette disposition viserait à permettre aux personnes déjà engagées dans une démarche migratoire de poursuivre leur parcours selon les règles en vigueur au moment de leur arrivée. Pour la députée, il s’agit avant tout d’une question d’équité et de stabilité : « Quand les règles changent à la dernière minute, comme on l’a vu pour le PEQ, c’est notre contrat social qu’on vient de défaire. Ces personnes, on les a intégrées, et le Québec a investi pour les attirer. »

Une porte ouverte à une décentralisation plus large

Au-delà de la question migratoire, Mme Blanchette Vézina voit dans cette initiative un premier jalon vers une décentralisation plus étendue. Elle évoque la possibilité que les régions obtiennent davantage de responsabilités dans des domaines comme l’environnement, la gestion des ressources naturelles, la santé ou encore l’éducation. « Les tables devraient servir à déléguer d’autres pouvoirs à nos régions », avance-t-elle, convaincue que les territoires sont les mieux placés pour définir leurs propres priorités.