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Matagami à l’aube d’un nouveau cycle minier : entre espoir, vigilance et perspectives d’avenir

Nicolas Fivel
La Ville de Matagami souhaite en tirer des bénéfices à long terme, tout en évitant les erreurs du passé et en impliquant davantage la population.
Publié le 30 avril 2026 par Nicolas FivelHôtel de Ville de Matagami / Photo : Nicolas Fivel

À Matagami, petite municipalité d’environ 1 400 habitants nichée au cœur de la Baie-James, un vent d’espoir souffle à nouveau sur l’industrie minière. Effectivement, le 24 mars 2026, la compagnie minière Nuvau Minerals annonçait le lancement d’un vaste programme de forage de 17 500 mètres sur sa propriété phare de Matagami, un projet soutenu financièrement à hauteur de 21 millions de dollars.

Pour une municipalité marquée par la fermeture de sa dernière mine en 2022, une telle initiative pourrait signifier le début d’une relance économique attendue… et dont il faut encore éclaircir les contours.

C'est pourquoi l’Aurore Info s’est entretenue avec Daniel Cliche, directeur général pour la Ville de Matagami et son directeur du développement économique, ainsi qu’avec Sylvain Lépine, directeur général chez NQ investissement minier.

Un ambitieux programme d’exploration pour les alentours

Déployé dès le premier trimestre de 2026, ce programme vise à explorer huit secteurs distincts afin de mieux comprendre le potentiel minéral du territoire. À terme, la compagnie souhaite confirmer la présence de métaux de base comme le cuivre et le zinc, tout en explorant de nouvelles zones aurifères peu étudiées jusqu’alors.

« Le premier but est vraiment de revoir le potentiel en métaux de base du camp minier de Matagami. Dans cette optique-là, Nuvau Minerals est très innovant. Ils vont à l’extérieur des secteurs qui ont été un peu plus explorés historiquement, et aussi ils ne se gênent pas pour être audacieux et aller explorer en profondeur pour trouver d’autres zones », explique M. Lépine.

D'une superficie de 1 380 km², la propriété minière pourrait révéler de nouveaux gisements, renforçant de fait l’intérêt stratégique pour la région.

Un appui financier pour renforcer la crédibilité du projet

De plus, le projet bénéficie d’un soutien financier notable, notamment de la part de NQ Investissement minier et d’acteurs institutionnels majeurs.

« À ce jour, NQ Investissement minier investit 600 000 $ dans la compagnie au cours de deux financements : c’était 300 000 $ à chaque financement. Notre participation est au niveau financier, mais il faut aussi rappeler qu’on représente le Nord-du-Québec », poursuit-il.

Cet appui économique, combiné à celui d'organismes comme la Caisse de dépôt et placement du Québec, envoie un signal fort aux autres investisseurs et témoigne de la confiance envers le potentiel du projet minier.

Une ville qui se prépare, tout en restant lucide

Du côté municipal, l’accueil est positif, mais il demeure mesuré. Les discussions entre la Ville et la compagnie ont d’ores et déjà commencé, avec une volonté explicite de maximiser les retombées pour la communauté locale.

« On est toujours en discussion pour différents points de vue dans le but de maximiser les impacts économiques et sociaux. Matagami est une ville minière. […] On veut s’assurer que tout projet qui va se développer va se faire dans un environnement qui est compétitif pour l’industrie minière […] et que ce soit gagnant pour la Ville », affirme Daniel Cliche.

Toutefois, la prudence reste de mise, puisque les retombées économiques pourraient prendre plusieurs années à se concrétiser. « Aujourd’hui, Matagami assume sa pleine autonomie, sans l’industrie minière. […] Lorsqu’on parle de projets aurifères, c’est difficile de croire qu’il pourrait y avoir quelque chose de tangible avant au moins une décennie », ajoute-t-il.

Logement et main-d’œuvre : des défis incontournables

Avant même une éventuelle mise en exploitation, la capacité d’accueil de la ville constitue également un enjeu majeur. La faible disponibilité de logements ou encore la gestion de la main-d’œuvre devront être anticipées pour éviter les mauvaises surprises.

« Ça va prendre une combinaison de logements pour des familles qui viennent s’installer, pour éviter que les travailleurs accaparent le parc immobilier et que les gens qui veulent venir habiter à Matagami payent une fortune en location ou tout simplement qu’il n’y ait rien de disponible », souligne M. Cliche.

De son côté, Sylvain Lépine insiste sur l’importance de favoriser l’installation durable des travailleurs plutôt que le recours à une pratique peu fructueuse pour la municipalité : « On voit qu’il y a du navettage qui se fait pour les projets dans le Nord, mais on sait que les gens aiment toujours dormir chez eux le plus possible et être proches de leur famille. […] Moi je suis convaincu que les gens vont être très heureux de travailler dans ces mines-là et de rentrer chez eux le soir ».

L’acceptabilité sociale au cœur du projet

Au-delà des considérations économiques et de la logistique opérationnelle, la réussite du projet dépendra largement de l’adhésion par la population matagamienne et de la confiance envers les promoteurs. « L’acceptabilité sociale n’est jamais quelque chose d’acquis. Il va falloir que la compagnie […] communique très clairement son plan de match et soit transparente », insiste Sylvain Lépine.

Géologues du groupe de Laurentia Exploration, sur le terrain, en campagne de prospection à l'été/automnePhoto : Nuvau MineralsGéologues du groupe de Laurentia Exploration, sur le terrain, en campagne de prospection à l'été/automne

Pour la Ville de Matagami, encore influencée par son passé minier, cet aspect est particulièrement sensible. Jusqu’à maintenant, la population demeure patiente et attentive aux impacts futurs.

« Les gens de Matagami ont démontré énormément de résilience […] Ce qu’on demande au gouvernement, c’est d’avoir une écoute et d’investir à hauteur de ce qui se fait ailleurs : on ne demande pas plus et pas moins non plus », martèle Daniel Cliche.

Penser l’exploitation pour les 20 prochaines années

Avec une projection de production pouvant s’étendre au moins sur une vingtaine d’années, la Ville souhaite ainsi éviter de retomber dans une dépendance économique trop pesante.

« Si dans les deux ou trois prochaines années, on peut assurer les 20 prochaines années de Matagami, ça serait un lègue incroyable », avance le directeur du développement économique pour la Ville de Matagami.

L’objectif est clair : utiliser cette relance comme levier pour diversifier l’économie locale, améliorer les infrastructures déjà existantes et renforcer l’attractivité d'un territoire en mouvement. Dans une volonté de transparence, une rencontre publique est prévue pour permettre aux citoyens d’échanger directement avec les promoteurs.

« Le 5 mai prochain, l’équipe de Nuvau Minerals sera à Matagami […] on invite toute la population à venir […] poser des questions directement aux personnes concernées », conclut-il.

En somme, cet ambitieux projet de relance initié par Nuvau Minerals dépasse le simple cadre minier. Il engage l’avenir de Matagami, le destin de la Baie-James et, plus largement, la trajectoire économique et sociale que la région choisira d'emprunter pour les décennies à venir.