Logo Aurore

Nuvau Minerals : Matagami au seuil d’une nouvelle ère minière

Hind Dekkar
De gauche à droite : Steve Filipovic, directeur financier — Gilles Roy, directeur de l’exploration — Bastien Fresia, directeur des services techniques et Peter Van Alphen, président et directeur des opérations
Publié le 30 avril 2026 par Hind DekkarDe gauche à droite : Steve Filipovic, directeur financier — Gilles Roy, directeur de l’exploration — Bastien Fresia, directeur des services techniques et Peter Van Alphen, président et directeur des opérations / Photo : Facebook Nuvau minerals


En reprenant presque tous les actifs miniers de Glencore, Nuvau Minerals ne se limite pas à redémarrer un site. L’entreprise vise bien plus large ; à savoir, redéfinir tout un district, insuffler une nouvelle dynamique économique à la communauté et rouvrir un territoire dont le potentiel reste largement sous-exploité.

Les quatre dirigeants : Peter Van Alphen, président et directeur des opérations — Gilles Roy, directeur de l’exploration — Bastien Fresia, directeur des services techniques et Philippe Rio Roberge, directeur du développement du projet ont accepté de lever le voile sur leurs ambitions, les défis à relever et la vision qui guide leur projet. Un projet qui pourrait marquer durablement l’avenir économique de Matagami et de la Baie-James. Leur message est sans équivoque : Matagami n’a pas dit son dernier mot.

De gauche à droite : Gilles Roy, directeur de l’exploration — Bastien Fresia, directeur des services techniques — Peter Van Alphen, président et directeur des opérations ; au milieu Philippe Rio Roberge, directeur du développement du projet, dans les studios de l'Aurore Info à Matagami  Photo : Hind Dekkar De gauche à droite : Gilles Roy, directeur de l’exploration — Bastien Fresia, directeur des services techniques — Peter Van Alphen, président et directeur des opérations ; au milieu Philippe Rio Roberge, directeur du développement du projet, dans les studios de l'Aurore Info à Matagami

Nuvau Minerals a récupéré la quasi-totalité des titres miniers détenus auparavant par Glencore, à l’exception du parc à résidus et du moulin, que l’entreprise prévoit d’acquérir dans un horizon de deux ans. « L’entièreté des claims qui appartenaient à Glencore appartient maintenant à Nuvau Minerals », souligne Gilles Roy. L’objectif est de relancer les opérations, développer de nouveaux gisements et ouvrir un nouveau chapitre, notamment du côté de l’or, un secteur longtemps laissé de côté.

Pourquoi Matagami ? Une occasion géologique unique

Pour Peter Van Alphen, cette décision repose sur un principe bien connu en géologie : « Si vous voulez trouver un nouveau gisement majeur, cherchez à côté d’un grand gisement. » Avec ses soixante années d’activité minière, sa ceinture volcanogène reconnue, ses infrastructures existantes et un potentiel encore peu exploré en particulier pour l’or, Matagami représente un terrain d’opportunités rare. « L’opportunité était là, non seulement pour les métaux de base, mais aussi pour de nouveaux horizons », précise-t-il.

Un des géologues de Nuvau Minerals en train de mesurer la récupération et les fractures sur la carotte de forage fraîchement forée durant la campagne d'hiver 2026Photo : Nuvau MineralsUn des géologues de Nuvau Minerals en train de mesurer la récupération et les fractures sur la carotte de forage fraîchement forée durant la campagne d'hiver 2026

Sur le terrain, les travaux ont déjà commencé une foreuse est en activité. Pour Bastien Fresia, la priorité est simple : « Notre but, c’est de développer notre base de ressources pour supporter une future mise en production. » Plusieurs axes sont en cours : mise à jour de l'évaluation économique préliminaire (PEA), possible redémarrage de Bracemac-McLeod, développement des gisements Caber et Renaissance, et lancement d’une véritable stratégie d’exploration aurifère, une première en soixante ans. Il rappelle d’ailleurs que Glencore n’avait jamais investi dans ce créneau : « Pendant soixante ans, il y a eu à peu près zéro exploration aurifère. Ce n’était pas leur priorité. » Aujourd’hui, Nuvau Minerals consacre environ un tiers de ses efforts à l’or.

Un territoire à l’échelle d’un district

Avec un territoire couvrant 1 400 km², Nuvau Minerals ne gère pas un simple projet, mais bien un district complet. « On pourrait presque être classé parmi les plus petits pays du monde », lance Bastien Fresia. Ce vaste ensemble inclut des mines historiques comme Bracemac-McLeod et Perseverance, des gisements émergents comme Caber et Renaissance, un potentiel aurifère en développement, ainsi que des infrastructures à remettre à niveau afin de recréer un modèle éprouvé, où plusieurs gisements alimentent un même moulin central, comme ce fut le cas pendant des décennies.

Espace d'entreposage, de description et d'échantillonnage des carottes de forage au diamant en premier plan, située dans les locaux de l'usine de Matagami Lake, avec le shaft de la mine historique et le convoyeur de la ligne de concasseurs de l'usine en arrière-planPhoto : Nuvau MineralsEspace d'entreposage, de description et d'échantillonnage des carottes de forage au diamant en premier plan, située dans les locaux de l'usine de Matagami Lake, avec le shaft de la mine historique et le convoyeur de la ligne de concasseurs de l'usine en arrière-plan

Environnement : repartir sur de nouvelles bases

Le parc à résidus actuel étant saturé, la minière doit concevoir un nouveau site d’entreposage et revoir entièrement la gestion des eaux. « C’est un long parcours, mais nous en sommes au début. Les prochaines années seront déterminantes pour la région », explique Philippe Rio Roberge. Études environnementales, consultations publiques, choix du site et obtention des autorisations, autant d’étapes clés à venir. Nuvau Minerals souhaite intégrer dès le départ les préoccupations des communautés locales et autochtones. Situé en territoire Eeyou Istchee Baie-James, le projet touche des communautés cries et algonquines. « On commence à communiquer avec elles. La réception est bonne. Tout le monde y voit une belle opportunité », affirme M. Roberge. L’entreprise promet une démarche progressive, transparente et inclusive.

Town Hall et comité de suivi : vers une gouvernance plus ouverte

Nuvau Minerals souhaite mettre en place un Town Hall, un espace d’échange public où les citoyens pourront poser leurs questions et suivre l’évolution du projet. « C’est une façon d’attirer les gens, de leur donner la parole », explique Peter Van Alphen. Le prochain rendez-vous est prévu le 5 mai 2026 au Centre Civique de Matagami.

En parallèle, un comité de suivi, désormais obligatoire depuis le 2 mars sera instauré. Pour Philippe Rio Roberge, il s’agit avant tout d’une occasion : « Pour nous, ce n’est pas une obligation, c’est une opportunité. Un canal essentiel pour communiquer l’avancement du projet. » Ce comité réunira des représentants des Premières Nations, de la communauté locale, du milieu économique et des instances municipales, ainsi que d’autres acteurs concernés par l’emploi, l’environnement et le développement régional. Les citoyens peuvent déjà manifester leur intérêt via le site de l’entreprise. Le directeur du développement du projet insiste sur le fait que « ce ne sera pas qu’un espace d’écoute, mais un lieu d’implication active.»

Comme toute société minière junior, Nuvau Minerals doit faire face à plusieurs enjeux. Le financement reste un défi constant : « Chaque dollar sauvé est un dollar qu’on remet dans l’exploration », rappelle l’équipe. À cela s’ajoutent des contraintes logistiques : terrain plat, zones humides, accès difficile. Pour s’adapter, l’entreprise prévoit désormais des forages presque à l’année grâce à des équipements plus légers, plutôt que de concentrer les opérations en hiver.

Des retombées attendues pour toute la région

S’il est encore trop tôt pour avancer des chiffres précis, les retombées pourraient être majeures, notamment via la création d'emplois et l'occupation du territoire. « Quand un acteur comme Matagami gagne, tout le monde gagne autour », résume Bastien Fresia. L’enjeu est aussi patrimonial car sans redémarrage, l’usine pourrait être démolie. « Ce serait perdre un actif régional majeur. » Relancer Matagami, c’est donc préserver des infrastructures clés, soutenir d’autres projets et dynamiser l’économie locale. Concernant la cour de transbordement, l'équipe précise qu’elle ne servira pas à transporter le minerai, le chemin de fer s’arrêtant au concentrateur. Elle reste toutefois essentielle pour la logistique, notamment pour le transport de matériel et la construction.

Peter Van Alphen détaille les prochaines étapes. L’entente avec Glencore a été finalisée le 2 mars, accompagnée d’un financement de 21 millions de dollars. À ce jour, plus de 60 millions ont été investis. Les mois à venir seront consacrés à l’exploration, au forage de nouvelles cibles, à la mise à jour du PEA, aux études techniques et économiques, ainsi qu’à la préparation d’un éventuel redémarrage. « L’an dernier, c’était la première fois qu’un programme d’exploration aurifère structuré était mené à Matagami et c'est déjà un succès », souligne-t-il.

Matagami : un territoire en renouveau ?

À travers leurs propos, une conviction s’impose ; Matagami n’est pas un site en déclin, mais un territoire en pleine transformation. Entre ambition exploratoire, ouverture à la communauté et volonté de redonner vie aux infrastructures, Nuvau cherche à raviver une dynamique que beaucoup pensaient éteinte. « Matagami a encore beaucoup à offrir. Il fallait simplement quelqu’un pour rallumer la flamme. » Au-delà des chiffres et des aspects techniques, le projet évoque aussi une mémoire collective, un lien au territoire, une continuité. Ce bruit sourd et métallique, propre à l’activité minière, pourrait un jour résonner à nouveau dans la forêt boréale.

Pour Philippe Rio Roberge, Nuvau Minerals représente « une belle histoire, une opportunité unique » : celle d’un projet brownfield avec tout à réinventer pour les décennies à venir. Pour Gilles Roy, c’est « un nouveau défi sur des bases anciennes », une manière de relancer l’exploration aurifère en s’appuyant sur son expérience. Pour Bastien Fresia, il s’agit de « construire une équipe, une compagnie, et ne pas laisser dépérir un potentiel immense ».

Enfin, pour Peter Van Alphen, c’est l’occasion de bâtir quelque chose de durable :

« Nous essayons de construire une entreprise minière qui fera une différence pour la communauté, les Premières Nations, les actionnaires. Le jour où on entendra de nouveau le moulin tourner, ce sera un son magnifique. »

Et peut-être que tout tient dans cette image évoquée par Peter Van Alphen : le jour où le moulin repartira, ce ne sera pas seulement une installation industrielle qui se remet en marche, mais tout un territoire qui retrouve son rythme. Une pulsation familière, longtemps attendue. Si un nouveau chapitre doit s’écrire à Matagami, il prendra forme dans la roche, porté par la détermination de ceux qui y croient. Et à les entendre, la plume ou plutôt la foreuse est déjà en action.