
Marinvest Energy : un projet de gazoduc traversant la Baie-James sème la controverse

Depuis plusieurs semaines, un projet de gazoduc d’environ 1 000 kilomètres reliant l’Ontario à Baie-Comeau défraye la chronique. Porté par l’entreprise Marinvest Energy, ce corridor énergétique viserait à acheminer du gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe, avec une usine de liquéfaction prévue sur la Côte-Nord. Toutefois, le tracé envisagé, qui passerait par la Baie-James — notamment au sud de Chibougamau et au nord de Lebel-sur-Quévillon — suscite de vives inquiétudes, particulièrement chez les groupes environnementaux.
Plusieurs groupes environnementaux marquent leur opposition
Dès la mi-décembre 2025, plusieurs organisations non gouvernementales, dont Nature Québec, ont dénoncé les potentiels impacts de ce projet d’ampleur. D’après l’analyste climat et énergie Anne-Céline Guyon, les conséquences sur les écosystèmes jamésiens pourraient être incommensurables.
« C’est un projet qui s’inscrit complètement a contrario avec nos objectifs climatiques : on y est fondamentalement opposés. Ce serait une grande balafre à travers le territoire. […] Beaucoup de rivières sont à risque avec ce projet-là, beaucoup de milieux hydriques et humides seront détruits au moment des travaux de construction », affirme Mme Guyon.
Au-delà de l’empreinte écologique, les critiques portent aussi sur la cohérence de ce projet avec les engagements climatiques du Québec.
Un projet encore flou, malgré des discussions bien réelles
Par la voie d'un communiqué transmis à l'Aurore Info, Marinvest Energy soutient que le projet en est à ses débuts et qu’aucune proposition officielle n’a encore été déposée auprès des autorités. Une position que conteste Anne-Céline Guyon, évoquant un manque de transparence.
« Pour le moment, la compagnie refuse de présenter son projet à la population du Québec. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle ne fait que parler derrière des portes closes. On sait notamment qu’ils ont rencontré le cabinet du premier ministre Carney, le cabinet de M. Legault, ainsi que le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie : il semble y avoir beaucoup de discussions depuis maintenant plus d’un an », déplore-t-elle.
L'opacité du dossier alimente la méfiance, d’autant plus que le projet rappelle — pour certains observateurs — celui de GNL Québec/Gazoduq, rejeté par le gouvernement du Québec en 2021.
Consultation des communautés : un enjeu d’acceptabilité sociale
Néanmoins, Marinvest Energy affirme vouloir adopter une approche centrée sur le dialogue avec les municipalités jamésiennes et les communautés autochtones concernées par le tracé. Créée en 2020, l'entreprise norvégienne indique que « ces échanges sont essentiels pour faire progresser le projet de manière responsable ».
Photo : site internet Action BoréaleLes deux tracés envisagés pour l’éventuel gazoduc de Marinvest EnergyCependant, des inquiétudes persistent quant au possible recours à des mécanismes législatifs, comme la loi C-5, qui pourraient accélérer les processus d’approbation au détriment de l’acceptabilité sociale.
« Une opportunité économique importante », mais des incertitudes
Malgré les critiques exprimées, la compagnie met de l’avant les retombées économiques possibles pour les régions traversées, qualifiant le projet « d'opportunité économique importante, notamment en matière de création d’emplois et de retombées pour les entreprises locales ».
Il ne reste plus qu'à savoir si ces perspectives suffiront à convaincre les communautés concernées, alors que les enjeux environnementaux, sociaux et politiques s’entremêlent dans cet épineux dossier.




