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L'histoire des Jamésiennes désormais ancrée dans le patrimoine documentaire

Hind Dekkar
Mme [?] Vaillancourt et son castor domestique, Rapide-des-Cèdres, 1961
Publié le 2 novembre 2026 par Hind DekkarMme [?] Vaillancourt et son castor domestique, Rapide-des-Cèdres, 1961 / Photo : SHBJ | Collection P068 Pierre Hains


L'histoire de la Baie-James s'est longtemps racontée au masculin. L'épopée des prospecteurs, la rigueur des chantiers forestiers et les grands travaux hydroélectriques. Pourtant, derrière l'implantation durable des communautés du Nord-du-Québec, se trouve le travail indispensable mais souvent invisible des femmes. À l'occasion du Mois de l'histoire des femmes, la Société d'histoire de la Baie-James (SHBJ) remet cette contribution en lumière en donnant une permanence institutionnelle au projet de recherche "Femmes du Nord, une histoire des Jamésiennes".

Yvonne Lafond et sa nièce Laurence Lafond, camp minier du lac aux Dorés, 1938Photo : SHBJ | P058,D1,P1 Yvonne Lafond et sa nièce Laurence Lafond, camp minier du lac aux Dorés, 1938

Menée entre 2024 et 2025, l'étude couvre près d'un siècle de présence féminine, de 1900 à 1987. Elle retrace le quotidien de celles qui ont quitté leur milieu d'origine pour s'établir dans les secteurs de colonisation de Villebois, Val-Paradis et Beaucanton, dans les camps miniers de Chapais et Chibougamau, puis dans les villes de compagnie naissantes telles que Lebel-sur-Quévillon et Matagami.

Un parcours d'adaptation et de résilience

S'installer dans le Nord constituait un véritable acte de bâtisseuse. Dans des localités où tout restait à faire, ces pionnières ont dû organiser la vie quotidienne sans les commodités les plus élémentaires. Eau rationnée, coupures d'électricité, voies non pavées et poussière constante. La logistique du ménage exigeait une inventivité constante.

Leur rôle a rapidement dépassé la sphère domestique. En posant les bases des services de santé, de l'éducation, des loisirs et de l'action communautaire, les Jamésiennes ont transformé des campements industriels temporaires en milieux de vie humains et solidaires. Marie-Claude Duchesne, directrice de la SHBJ, rappelle l'importance de redonner sa juste place à ce récit longtemps occulté :

« Les premiers travaux qui parlent de l'histoire de la Baie-James, s’intéressaient surtout à la vie des travailleurs. La région étant avant tout un territoire de ressources, ses villes se sont développées comme des villes de compagnie. Or, lorsqu’on parle d’histoire industrielle, la place des femmes est souvent reléguée au second plan, voire complètement absente du récit. »
Partie de basketball féminin, Jeux du Québec régionaux à Chapais, 1979Photo : SHBJ | Michel P.-Bouchard | P134,S1,D1,P56 Partie de basketball féminin, Jeux du Québec régionaux à Chapais, 1979

S'adapter à cette nouvelle réalité nordique demandait une force de caractère peu commune, comme le souligne la directrice :

« Parmi les choses qui m'ont le plus surpris, il y a notamment le quotidien des ménagères. Ce qui m’a frappé, c’est de comprendre concrètement ce que signifiait venir s’installer dans une ville nouvelle. Ces femmes arrivaient dans des villes où rien n’avait été pensé pour elles : il n’y avait ni eau courante ni électricité, les rues n’étaient pas pavées et les tempêtes de sable étaient omniprésentes. Il s’agissait alors de comprendre comment organiser la vie quotidienne lorsqu’on quitte une ville dotée de toutes les commodités modernes pour s’installer dans un endroit où l’eau est rationnée et où tout reste à construire. »

Un héritage préservé pour tout le pays

Afin que cette mémoire ne sombre plus jamais dans l'oubli, la SHBJ a enrichi son rapport d'un index analytique et de photographies d'archives inédites. L'organisme a également procédé à son dépôt légal officiel auprès de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et de Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

Grâce à cette démarche, le document est désormais conservé à long terme et demeure accessible aux chercheurs, étudiants et citoyens de tout le pays pour les décennies à venir :

« Ce rapport était déjà disponible en ligne via notre site Internet, mais on s'est rendu compte qu'on n'avait pas fait le dépôt légal. On a profité de l'occasion pour enrichir un peu le rapport, mais en procédant au dépôt légal, on s'assure déjà qu'il est disponible aux Archives nationales du Québec, mais qu'il est disponible en ligne aussi aux Archives canadiennes. »

Du foyer aux instances décisionnelles

Si cette recherche historique s'arrête à la fin des années 1980, l'ancrage posé par ces premières résidantes a profondément façonné la Baie-James contemporaine. L'organisation bénévole des premiers services essentiels et la prise en charge du milieu communautaire ont progressivement ouvert la voie à une présence affirmée des femmes dans la sphère publique. Des ménagères et pionnières d'hier aux élues, mairesses, conseillères et décideuses régionales d'aujourd'hui, le leadership féminin demeure un moteur central de la gouvernance et de l'avenir du Nord.

En inscrivant officiellement le parcours des Jamésiennes au patrimoine documentaire canadien, la Société d'histoire de la Baie-James rend un hommage mérité à ces pionnières dont la ténacité continue d'inspirer la région.