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L’Eldorado vert de la Baie-James : Quand l’après-mine s’invite avant la première pelletée de terre

Hind Dekkar
Ville de Lebel-sur-Quévillon
Publié le 1 avril 2026 par Hind DekkarVille de Lebel-sur-Quévillon vue du ciel / Photo : Ville de Lebel-sur-Quévillon


Sous l’épais manteau de mousse et les épinettes noires de la Baie-James repose un enjeu clé de la transition énergétique mondiale. Lithium, nickel, cobalt, graphite, ce territoire attire désormais une véritable course aux minéraux critiques et stratégiques (MCS). Mais derrière cet engouement économique, une interrogation s’impose de plus en plus dans l’espace public : comment éviter que cette richesse ne se transforme, à long terme, en héritage environnemental lourd pour les générations à venir ?

Un territoire devenu incontournable

La Baie-James ne se limite plus à son rôle historique dans l’hydroélectricité. Elle s’inscrit aujourd’hui comme un pilier de la « Zone de l’innovation de la Vallée de la batterie ». Avec la montée en puissance des politiques de décarbonation, la demande pour ces ressources indispensables aux batteries de véhicules électriques ne cesse de croître. Des projets majeurs, tels que le projet lithium Baie-James d’Allkem ou le projet Rose de Critical Elements Lithium, illustrent bien ce virage. Le Québec, à travers son Plan pour la valorisation des minéraux critiques et stratégiques, mise fortement sur cette région. Pourtant, l’exploitation de ces ressources soulève des enjeux environnementaux et sociaux que les communautés locales refusent désormais de passer sous silence.

« Fermer la mine avant qu’elle n’ouvre »

Pour Guy Lafrenière, maire de Lebel-sur-Quévillon, il est temps de rompre avec les anciens modèles de développement minier. Proche du terrain, ce dernier porte un discours marqué par l’expérience d’une population qui a vu trop de sites abandonnés devenir un fardeau public. « La grosse question que les gens posent quand il y a une mine, ce n'est pas quand elle commence, c'est quand elle va être fermée. C'est là qu'est la question », martèle Guy Lafrenière. Selon lui, l’acceptabilité sociale passe par une logique inversée; à savoir penser la fin avant même le début. Il ne s’agit plus de réparer après coup, mais d’anticiper dès la conception, « il faut se poser la question avant que la mine soit ouverte. Faut que tu sois prêt à fermer ta mine avant qu'elle n'ouvre. Pour moi, c'est crucial que l'après-mine, redevienne un paysage. »

Cette vision trouve un écho dans les recherches menées au Québec. L’Institut de recherche en mines et en environnement (IRME), affilié à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et à Polytechnique Montréal, se positionne parmi les références mondiales en matière de gestion des résidus miniers.

Les défis sont multiples, d’un côté, la restauration des sites, afin d’éviter la contamination des eaux souterraines, notamment par le drainage minier acide. De l’autre, le développement d’une économie circulaire, visant à réutiliser les résidus, soit pour en extraire de nouvelles ressources, soit pour les transformer en matériaux utiles, limitant ainsi leur impact environnemental. Au fil du temps, le cadre réglementaire québécois s’est renforcé. Les entreprises doivent désormais soumettre un plan de restauration détaillé et fournir des garanties financières couvrant l’ensemble des coûts avant même de lancer leurs activités.

Mais pour les habitants de la Baie-James, ces mesures ne suffisent pas à elles seules. Le véritable succès d’un projet minier se mesure désormais à sa capacité à s’effacer, à redonner au territoire son état naturel, en laissant place à la forêt boréale. Il s’agit aussi de rappeler qu’exploiter les ressources d’aujourd’hui ne doit pas compromettre les paysages de demain. La transition énergétique, aussi paradoxal que cela puisse paraître, commence par anticiper la fin des projets dès leur origine.