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Jeunes et alcool : Santé publique observe une montée inquiétante dans le Nord‑du‑Québec

Hind Dekkar
Fille avec une bouteille d'alcool
Publié le 11 février 2026 par Hind DekkarPhoto : Pexels


La consommation d’alcool chez les élèves du secondaire du Nord-du-Québec est en nette augmentation, une tendance qui soulève de sérieuses inquiétudes. D’après l’enquête régionale 2022-2023, près de trois jeunes sur quatre (72 %) affirment avoir bu de l’alcool au cours de la dernière année, alors qu’ils étaient 66 % lors du cycle précédent. La progression est encore plus marquée lorsqu’on s’intéresse à la consommation excessive : les épisodes de cinq consommations ou plus en une seule occasion sont passés de 13 % à 22 %.

Pour le Centre régional de santé et de services sociaux (CRSSS) de la Baie-James, cette hausse s’inscrit dans un contexte bien précis. « Évidemment, il y a le COVID », rappelle Fabian Andres Buitrago, agent de planification, de programmation et de recherche à la Direction de santé publique du Nord-du-Québec. « L’isolement, les problématiques de santé mentale… ce sont des facteurs liés à la consommation d’alcool. »

Un contexte régional qui accentue les fragilités

La pandémie n’est toutefois pas le seul élément en cause. D’autres réalités propres à la région ont contribué à alourdir le climat social. « Certaines problématiques vécues dans la région, comme les feux de forêts de 2023, ont aussi eu un impact. Le stress augmente, et ça se traduit par une consommation plus élevée », explique M. Buitrago, qui souligne que ces tensions touchent également les adolescents.

Les données montrent aussi que l’initiation à l’alcool se fait plus tôt dans le Nord-du-Québec qu’ailleurs dans la province. Plus de la moitié des jeunes âgés de 14 ans et moins (55 %) ont déjà consommé de l’alcool, comparativement à 44 % à l’échelle du Québec, « c’est très inquiétant », admet l’agent de santé publique, qui évoque l’isolement géographique, le manque d’activités et un accès à l’alcool parfois étonnamment facile. « On pourrait penser qu’à Montréal ou à Québec, où il y a plus de magasins d’alcool, ce serait plus facile pour les jeunes. Mais ce n’est pas le cas. Ici, ils trouvent des milieux moins visibles, comme les maisons ou les fêtes. Parfois, il y a même une collaboration d’adultes », précise-t-il.

Un accès souvent facilité par l’entourage

Selon M. Buitrago, l’environnement familial joue un rôle central dans l’accès à l’alcool. « Les parents ne surveillent pas l’alcool, ou ce sont des amis ou d’autres adultes qui vont aider les jeunes à s’en procurer. » Il mentionne également des situations où l’alcool est toléré lors de fêtes privées, certains parents croyant ainsi limiter les risques en gardant les jeunes sous leur toit. Cette banalisation de la consommation précoce n’est pas sans conséquences. « Il y a des conséquences à la consommation précoce. Ça touche plusieurs aspects du développement des enfants. » Selon lui, il est essentiel d’en parler ouvertement, sans moraliser, mais en mettant de l’avant les impacts réels sur la santé.

Des actions de prévention aux effets graduels

Depuis plusieurs années, le CRSSS de la Baie-James mène différentes initiatives de prévention auprès des jeunes et dans les écoles. Toutefois, leurs effets ne se mesurent pas immédiatement. « Les enquêtes comme celle-ci nous donnent une idée de l’évolution, mais les résultats de nos actions se voient à long terme », explique M. Buitrago. Le programme Action toxicomanie fait partie des outils privilégiés. Il aborde non seulement l’alcool et le cannabis, mais aussi le développement de compétences personnelles. « On sensibilise les jeunes à l’affirmation de soi, à la prise de décisions éclairées. Ce sont des outils qui portent fruit avec le temps. »

Une priorité affirmée pour les années à venir

Devant la hausse des indicateurs, la Direction de santé publique du Nord-du-Québec entend intensifier ses efforts. « La consommation d’alcool chez les jeunes fait partie des priorités pour les trois prochaines années », confirme M. Buitrago, L’objectif est de renforcer les collaborations avec les écoles, les maisons de jeunes et les organismes communautaires afin d’élargir l’impact des actions de prévention.

Plusieurs ressources demeurent accessibles pour toute personne ayant besoin de soutien psychosocial. Le service Info‑Social, joignable en composant le 811, offre une aide immédiate et confidentielle. Il est également possible de contacter directement son centre de santé afin de demander l’accueil psychosocial, une démarche qui ne requiert aucune référence médicale. Les jeunes peuvent se tourner vers Tel‑Jeunes, qui propose un service d’écoute au 1‑800‑263‑2266, ainsi qu’un clavardage en ligne accessible sur leur site. Pour les situations liées à la consommation, la ligne Drogue : aide et référence est disponible au 1‑800‑265‑2626.

Enfin, Santé publique invite les parents à maintenir un dialogue bienveillant avec leurs adolescents. Elle insiste sur l’importance de créer un climat de confiance, de poser des questions et d’accompagner les jeunes dans la réflexion sur les conséquences de leurs choix ainsi que sur l’influence de leur entourage. Elle souligne également que les adultes demeurent des modèles déterminants. Les adolescents observent et s’inspirent des comportements qu’ils voient au quotidien. Montrer des façons positives de gérer le stress, encourager les passions, les sports et les activités qui les motivent peut exercer une influence durable et bénéfique.