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Feux de forêt de 2023 : une étude pour dresser les apprentissages et les vulnérabilités

Nicolas Fivel
Les chercheurs ont notamment identifié des enjeux liés à la communication, au transport, au relogement et à la santé mentale.
Publié le 21 janvier 2026 par Nicolas FivelLargage d'eau à proximité de Matagami en juin 2023 / Photo : Ville de Matagami

Une équipe de recherche de l’Université de Montréal a rendu publique, le 8 janvier dernier, une étude consacrée aux apprentissages et aux vulnérabilités identifiés à la Baie-James à la suite des feux de forêt de l’été 2023. L’étude cherche à mieux comprendre la gestion de crise sur le territoire jamésien, tout en proposant des améliorations possibles en cas d’évènements similaires à l’avenir.

La zone étudiée couvre plusieurs municipalités directement touchées par ces feux, notamment Chapais, Lebel-sur-Quévillon, Chibougamau, Radisson ainsi que les secteurs de Villebois et Valcanton. Stéphane Perron, l’un des chercheurs auprès de l'Institut national de santé publique du Québec ayant participé à l’étude, explique que ses travaux reposent sur des entrevues menées auprès d'acteurs clés.

« On a interviewé plusieurs personnes qui étaient en deuxième ligne — les maires, la sécurité civile, le réseau de la santé — puis on a regardé quels étaient les moments critiques, ceux où il y avait plus d’enjeux pour les évacuations : on a vu qu’il y avait quatre grands moments assez importants », résume-t-il.

Communication et transport au cœur des enjeux

Parmi les quatre grands constats dégagés, la communication apparaît comme un élément central. Elle englobe à la fois la transmission de l’information vers la population et la prise de décision entourant l’éventualité d’une évacuation. Si l’étude met en lumière certains défis à relever, elle souligne également l’engagement constant des maires et mairesses, qui ont joué un rôle majeur dans la coordination des opérations.

Le transport et l’évacuation constituent un autre enjeu majeur identifié par les chercheurs. Lorsque l’évacuation se fait par voie terrestre, la structure du réseau routier nordique — limitée en axes de sortie — augmente considérablement le risque de congestion. Un afflux massif de véhicules sur un nombre restreint de routes et chemins peut ainsi ralentir, voire entraver, les déplacements vers des zones plus sécuritaires.

Des impacts psychosociaux à plus long terme

Le relogement des populations évacuées constitue le troisième volet analysé dans l’étude. Une attention particulière a été portée aux personnes marginalisées ou en situation de précarité, pour qui les options de relogement peuvent être limitées. Si la situation l’exige, le recours temporaire à des refuges peut également s’avérer nécessaire afin d’assurer leur sécurité.

Enfin, la réintégration des secteurs évacués soulève des enjeux, souvent moins visibles, mais tout aussi importants. Une fois de retour à la maison, certaines personnes ont éprouvé des difficultés sur le plan de la santé mentale, développant des traumatismes liés à l’évacuation et à l’incertitude vécue pendant la crise. Stéphane Perron évoque notamment les craintes de vandalisme lorsque ces personnes se sont absentées de leur domicile, parfois pendant plusieurs jours.

Il rappelle toutefois le caractère inédit de la situation, puisqu'aucune évacuation de cette ampleur pour des feux de forêt n’avait eu lieu auparavant dans la région, ni même ailleurs au Québec. M. Perron estime qu’en raison de ce « manque d’expérience », il était difficile de « s'attendre à ce que les gens réagissent parfaitement ».

Préparer l’avenir : apprendre à mieux évacuer

Pour l’avenir, le chercheur insiste sur la nécessité de mieux se préparer à tous les niveaux. « Il faut vraiment prévoir, si une situation du genre va survenir à nouveau, il faut vraiment développer des pratiques : remettre à jour les plans d’évacuation, étudier le déroulement d’évacuation, voir ce qui est nécessaire ou non pour faire une bonne évacuation », affirme-t-il.

Selon lui, une évacuation efficace doit tenir compte de l’ensemble de la population, y compris des personnes les plus vulnérables comme les aînés, ainsi que les travailleurs de la santé dont l'action demeure essentielle dans un tel contexte.

Stéphane Perron précise enfin que la décision d’évacuer doit reposer sur des critères précis : si les voies terrestres sont sur le point d’être bloquées ou si le feu représente un danger direct pour votre vie, alors l’évacuation n’est plus une question. En revanche, un simple dégagement de fumée, sans menace immédiate, ne justifie pas à lui seul une évacuation.