
Élèves promus sans acquis suffisants : une tendance confirmée en région

Une vaste consultation réalisée par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) à l’automne 2025 met en lumière une situation préoccupante concernant la réussite scolaire en Abitibi-Témiscamingue et en Jamésie. Le constat qui s’en dégage est clair : de plus en plus d’élèves passent au niveau suivant sans avoir acquis les bases nécessaires, ce qui fragilise à la fois l’équité entre les élèves et l’ambiance en classe.
Un cadre législatif mis à l’épreuve
Même si la " Loi sur l’instruction publique " protège les notes données par les enseignants, la décision finale concernant le passage d’un élève relève des directions d’école.
D’après le Syndicat de l’enseignement de la Jamésie et de l’Abitibi-Témiscamingue (SEJAT), cette distinction ouvre la porte à certaines dérives où des contraintes organisationnelles prennent parfois le dessus sur des considérations pédagogiques. « Ce que la loi dit, c’est qu’on ne peut pas modifier les résultats donnés par un enseignant. Par contre, le classement des élèves appartient à la direction », rappelle Marie-Millie Dessureault, vice-présidente du SEJAT. Ainsi, faute de places dans les classes spécialisées ou en raison de contraintes liées aux horaires, certains élèves sont tout de même promus malgré des lacunes qui s’accumulent depuis plusieurs années.
Les résultats obtenus auprès de 275 enseignants de la région illustrent bien l’ampleur du problème. Au primaire, 31 % des répondants disent avoir vu au moins un élève être promu contre leur avis, tandis que cette proportion atteint 49 % au secondaire. Plus troublant encore, un enseignant sur cinq affirme avoir subi des pressions directes de la part de directions ou de parents pour accepter un passage sans que les compétences requises soient réellement acquises.
Cette situation modifie profondément la réalité des classes. Au secondaire, 38 % des enseignants estiment qu’environ un quart de leurs élèves ne possèdent pas les bases nécessaires pour suivre le programme. Au primaire, la « modification des attentes », censée rester exceptionnelle, tend à se banaliser, plus de la moitié des enseignants accompagnent désormais au moins un élève dans cette situation, que ce soit en français ou en mathématiques. Pour Mme Dessureault, ces constats montrent clairement que ces écarts de niveau alourdissent la tâche des enseignants.
Des impacts concrets sur le plan humain et pédagogique
Cette diversité de niveaux, souvent imposée, rend le travail des enseignants nettement plus complexe. Beaucoup évoquent un quotidien où ils doivent constamment adapter leur matériel, sans parvenir à couvrir tout le programme prévu. « On ne peut pas répondre aux besoins individuels de chacun, faute de temps et de ressources », déplore la vice-présidente.
Les élèves sont eux aussi directement touchés. Ceux qui rencontrent des difficultés accumulent souvent du stress et voient leur confiance diminuer, tandis que les élèves plus avancés finissent par s’ennuyer. Cette insatisfaction peut entraîner des comportements perturbateurs ou, avec le temps, un désengagement plus marqué. Selon Marie-Millie Dessureault, cette dynamique contribue à alimenter l’absentéisme et augmente le risque de décrochage scolaire à plus long terme.
Un appel à une réforme en profondeur
Devant ce portrait, le SEJAT et la FSE-CSQ réclament une réflexion à l’échelle nationale afin de revoir un système qu’ils jugent à bout de souffle. Ils proposent notamment de réduire le nombre de bulletins pour dégager davantage de temps d’enseignement et d’augmenter les ressources professionnelles dans les écoles.
Ils insistent également sur la nécessité de développer davantage de classes spécialisées, surtout pour les élèves de 12 et 13 ans qui se retrouvent trop souvent dans un « néant » pédagogique. Pour les représentants syndicaux, il devient essentiel que les décisions concernant le passage des élèves reposent de nouveau sur leurs compétences réelles plutôt que sur des contraintes administratives. La FSE-CSQ interpelle ainsi le ministère de l’Éducation afin d’ouvrir un dialogue formel, affirmant qu’il est « plus que temps de donner un sérieux coup de barre pour redresser la situation ».




