
Chantiers Chibougamau optimise sa chaîne de valeur pour faire face à la baisse de la demande américaine

L’annonce récente d’un investissement gouvernemental de 120 millions de dollars pour soutenir la performance et la résilience de l’industrie forestière québécoise survient dans un contexte particulièrement difficile. Les droits de douane américains sur le bois d’œuvre résineux grimpent à 45,16 %, et le marché de la construction aux États-Unis ralentit, ce qui fait chuter la demande. Pour des acteurs comme Chantiers Chibougamau, qui dépendent fortement du sciage, la pression est bien réelle et elle s’installe dans la durée.
Les nouveaux programmes FORET et ESSOR, chacun doté de 60 millions de dollars sur six ans, visent à accélérer le virage vers des produits à plus forte valeur ajoutée. L’idée est de réduire la vulnérabilité des transformateurs québécois face au marché américain et les rendre plus compétitifs sur les marchés locaux.
FORET et ESSOR : des leviers pour s’affranchir du marché américain traditionnel
Pour Chantiers Chibougamau, ces programmes tombent à point nommé pour consolider une stratégie déjà en marche, celle de transformer davantage les pièces de bois d’œuvre pour ne plus dépendre uniquement du marché américain classique.
Frédéric Verreault, vice-président aux Affaires corporatives, souligne que l’aspect le plus structurant de FORET est son soutien aux investissements qui permettent de « sortir du marché américain conventionnel de bois d’œuvre ». Il ajoute que ce marché est « sous pression, et qu’il subit une hostilité marquée de la part du gouvernement américain ».
Concrètement, FORET offre des liquidités pour des projets de diversification et des prêts allant jusqu’à 5 millions de dollars. De son côté, le nouveau volet 5 d’ESSOR peut financer jusqu’à 30 % des dépenses admissibles, avec une partie potentiellement remboursable. M. Verreault qualifie ces incitatifs de « très musclés, très convaincants pour lancer des programmes d’investissement ».
Accélérer la production de bois massif : un projet déjà bien avancé
Chantiers Chibougamau a déjà une base industrielle diversifiée : poutrelles de plancher, bois massifs, poutres et colonnes architecturales. Ces produits, qui valorisent le bois d’œuvre, sont intégrés dans le réseau d’usines du groupe, y compris à Matagami.
L’entreprise veut maintenant augmenter sa capacité de fabrication de bois massif, un segment en pleine croissance en Amérique du Nord. Frédéric Verreault indique qu’elle espère confirmer prochainement « le déploiement d’un programme d’investissement pour accroître notre capacité à fabriquer ces poutres et colonnes en bois massif ». Cela implique des agrandissements d’usines, l’achat de nouveaux robots d’usinage et la construction d’infrastructures coûteuses.
Avec FORET et ESSOR, ces projets déjà bien ficelés pourraient donc voir le jour plus rapidement, aidant l’entreprise à renforcer sa résilience et à mieux tirer parti de sa matière première.
Réduire la dépendance aux États-Unis ?
Si l’Union européenne semble prometteuse à moyen et long terme, notamment grâce à l’intérêt pour les matériaux à faible empreinte carbone, M. Verreault reste prudent. Il rappelle que l’Europe a « une structure industrielle très robuste » et que son économie tourne au ralenti, ce qui crée un surplus de produits du bois.
Mais les marchés de proximité; à savoir, Québec, Canada et États-Unis, offrent un potentiel immédiat pour les produits transformés, qui ne subissent pas les mêmes contraintes tarifaires que le bois d’œuvre brut. Les investissements actuels visent donc d’abord à renforcer la présence de Chantiers Chibougamau sur ces marchés.
« Les produits transformés ne sont pas soumis à toutes les contraintes commerciales en matière de droits, tarifs ou taxes des États-Unis », explique le vice-président, soulignant l’effet de levier que peuvent offrir ces nouveaux programmes.
Le secteur forestier québécois reste un pilier économique, grâce à 6,3 milliards de dollars de PIB, 56 000 emplois directs, et des retombées dans plus de 650 municipalités. En 2025, le Québec a exporté 10,3 milliards de dollars de produits forestiers, dont près de 9 milliards vers les États-Unis.
Les programmes FORET et ESSOR cherchent à soutenir les transformateurs de bois d’œuvre résineux, un maillon central de la chaîne de valeur. En misant sur la diversification et sur des produits à plus forte valeur ajoutée, ils pourraient offrir à des entreprises comme Chantiers Chibougamau des leviers pour maintenir ou accroître leur compétitivité dans un contexte de tensions commerciales.
Reste à déterminer dans quelle mesure ces investissements publics, conjugués à la capacité d’innovation de l’entreprise, contribueront réellement à stabiliser une filière stratégique pour les régions du Québec et à préparer l’industrie forestière aux défis à venir.




