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Après 35 morts en 2025, le Nord‑du‑Québec rappelle que le zéro est possible

Hind Dekkar
Route 109
Publié le 10 juillet 2026 par Hind DekkarRoute 109 / Photo : Hind Dekkar


Le bilan des vacances de la construction 2025 a laissé des traces profondes, en effet, 35 vies perdues en seulement deux semaines. La Sûreté du Québec (SQ) parle du « pire bilan en dix ans ». À l’aube de l’été 2026, la Société de l’Assurance automobile du Québec (SAAQ), la SQ et l’Association des directeurs de police du Québec (ADPQ) unissent leurs forces pour rappeler que derrière chaque statistique, il y a des vies fracassées, des familles en deuil et des intervenants marqués à jamais.

Dans l’immensité de la Baie-James, où les trajets s’étirent sur des centaines de kilomètres sans aucun service, les dangers liés à la fatigue, à la distraction et aux longs délais d’intervention prennent une tout autre ampleur. Les organisations espèrent que leur nouvelle série de capsules vidéo, diffusée tout au long de juillet, provoquera une vraie prise de conscience.

Fatigue et longues distances

Pour la SAAQ, la fatigue reste l’un des facteurs les plus inquiétants, surtout sur ces routes interminables et monotones. Geneviève Côté, porte-parole, rappelle que le comportement humain est en cause dans 80 % des accidents mortels, loin devant les problèmes d’infrastructures. « On sait aujourd’hui que la fatigue peut avoir les mêmes effets que l’alcool sur le corps », dit-elle. « La fatigue, c’est presque une personne sur quatre qui meurt ou se blesse sur la route. Il n’y aura jamais un policier derrière chaque conducteur : les gens doivent se responsabiliser. »

La fatigue ne se limite pas à s’endormir au volant, elle ralentit les réflexes, brouille les capacités cognitives et peut provoquer une collision bien avant que le conducteur ne sombre. Dans un territoire comme la Baie-James, ces effets sont décuplés par l’isolement et l’absence de services.

Distraction : une menace qui explose

Si la fatigue reste un problème majeur, la SQ observe une tendance encore plus alarmante : la montée fulgurante des collisions liées à la distraction, surtout à cause du téléphone cellulaire. Audrey-Anne Bilodeau, porte-parole de la SQ, souligne que ce facteur a désormais dépassé les excès de vitesse et la conduite avec facultés affaiblies parmi les principales causes de décès. « Certaines personnes deviennent accros à leur téléphone intelligent dès qu’elles prennent le volant », dit-elle. « Les gens font le choix conscient de continuer à rouler malgré la fatigue qui les écrase. Un décès, c’est déjà un de trop : aucun policier n’aime avoir à annoncer une mort. »

Des capsules pour montrer l’humain derrière l’uniforme

La campagne lancée par la SAAQ, la SQ et l’ADPQ repose sur une série de capsules vidéo diffusées chaque semaine en juillet. Les témoignages y sont directs, sans filtre, et révèlent une réalité souvent cachée : l’impact psychologique des drames routiers sur les premiers répondants.

Les policiers racontent l’arrivée sur les lieux d’une collision, les enquêtes de reconstitution, les rencontres avec les familles endeuillées et les images qui les hantent longtemps après. Cette dimension humaine, rarement montrée, vise à rappeler que les drames routiers ne touchent pas seulement les victimes, mais aussi ceux qui interviennent.

Des données régionales pour mieux comprendre les risques

La SAAQ confirme disposer d’indicateurs pour suivre l’évolution des comportements à risque selon les types d’usagers. En 2025, le Nord-du-Québec a notamment enregistré six piétons et neuf motocyclistes victimes d’accidents, des chiffres comparés chaque année à la moyenne des cinq dernières années pour repérer tendances et problèmes émergents. En Baie-James, les collisions surviennent souvent loin des centres de services, ce qui rallonge les délais d’intervention. Malgré ces défis, la région a enregistré zéro décès durant les vacances de la construction 2025, un résultat que la SQ espère voir se répéter cette année.

Un appel à la prudence pour l’été

À l’approche des vacances, les organisations rappellent que l’été reste la saison la plus meurtrière sur les routes québécoises. La SQ insiste sur le pouvoir des conducteurs : réduire sa vitesse de 5 km/h pourrait sauver 60 vies par année, et de 10 km/h, jusqu’à 120.

Dans un territoire où les distances sont immenses, où les services sont rares et où les conditions peuvent changer en un clin d’œil, la sécurité routière repose sur un équilibre exigeant; à savoir, vigilance, patience et responsabilité. Les intervenantes le répètent : « Le risque zéro n’existe pas, mais chaque geste compte pour éviter que les routes ne soient à nouveau le théâtre de drames évitables. »

Les drames routiers laissent des séquelles profondes chez les intervenants. La SQ assure que des mécanismes de soutien psychologique sont systématiquement offerts après chaque événement traumatique. Pour la SAAQ, cette dimension humaine justifie pleinement la campagne : montrer l’impact émotionnel des drames routiers sur ceux qui doivent en annoncer les conséquences.