
À Matagami, une exposition transforme l’art en outil de compréhension des enjeux environnementaux

Alors que le Nord-du-Québec fait face à d’importants enjeux environnementaux, un outil inattendu mais puissant émerge pour sensibiliser le public, celui de la médiation culturelle. L’exposition « Reflets : mémoires du territoire – volet 1 » de l’artiste en arts visuels Judy Dimentberg transforme le dialogue artistique en un véritable laboratoire d’éco-citoyenneté, où jeunes et adultes se retrouvent autour de la fragilité des écosystèmes nordiques.
À travers des visites immersives et des ateliers sensoriels, menés en partenariat avec Loisirs Matagami et l’initiative touristique régionale VäHumania de Tourisme Baie-James, l’artiste propose une reconnexion concrète avec le vivant. Un enjeu crucial au Canada, où le déclin des pollinisateurs sauvages et la transformation accélérée de la forêt boréale sous l’effet du réchauffement rendent urgente la transmission de ces savoirs dès le plus jeune âge.
Éveiller la conscience écologique dès l’enfance
Pour les enfants, l’aventure a commencé par une observation plastique des œuvres, couleurs, lignes, formes, avant de glisser vers un exercice d’éveil sensoriel centré sur la mémoire de la nature. Transposée à l’aréna de Matagami, cette activité pratique a permis d’aborder des notions écologiques fondamentales, comme le rôle essentiel des abeilles et des papillons dans le maintien de la biodiversité : « La fragilité de l’environnement est au cœur de ma démarche artistique. On a beaucoup parlé de préservation, de l’importance des abeilles et de ce qu’est la pollinisation », explique Judy Dimentberg.
Photo : Loisirs MatagamiAteliers avec les enfants lors de l’exposition « Reflets : mémoires du territoire – volet 1 » de l’artiste en arts visuels Judy Dimentberg Cette approche pédagogique tombe à point nommé. Selon Environnement et Changement climatique Canada, près d’un tiers des espèces de pollinisateurs sont vulnérables ou en déclin à l’échelle nationale, alors qu’elles sont indispensables à la reproduction de plus de 75 % des plantes à fleurs. « Nous sommes des adultes, mais ce qui se passe aujourd’hui concerne leur avenir. L’art est un excellent moyen de dialoguer avec les enfants et de créer une véritable connexion », souligne l'artiste visuelle.
À la fin de cette journée d’échanges, les enfants sont repartis avec leurs propres créations en trois dimensions, oiseaux et insectes imaginaires fabriquées à partir de matériaux simples et recyclés, concrétisant ainsi l’apprentissage par la pratique.
L’art comme miroir du territoire boréal
La médiation a aussi pris la forme d’entretiens individuels avec des adultes, notamment dans le cadre du programme VäHumania, qui propose une expérience sur mesure et une visite à la galerie d'art Au. Entre exploration des techniques mixtes de l’exposition et apprentissage de la peinture à l’aquarelle selon la méthode du « mouillé sur mouillé », l’activité a guidé la participante dans la représentation de paysages boréaux et d’éléments botaniques.
Ce dialogue intime entre création artistique et observation du paysage prend tout son sens dans le Nord-du-Québec, dont la forêt boréale constitue l’un des plus grands réservoirs de carbone de la planète. Sensibiliser à ces paysages par le prisme de l’art en révèle à la fois la beauté et la vulnérabilité face aux bouleversements environnementaux récents.
« Les ateliers montrent que l’art peut être un outil puissant pour comprendre notre environnement, exprimer nos émotions et créer ensemble. »
Le succès de ce premier volet confirme l’intérêt de la population locale et régionale pour ces initiatives qui marient culture et nature. L’exposition « Reflets : mémoires du territoire – volet 1 » s’inscrit dans une démarche à long terme. Après le premier chapitre, le second qui intégrera davantage de photographie, prendra le relais à la mi-octobre, avant que le troisième et dernier volet ne soit présenté plus tard à Val-d’Or.
En alliant esthétique et sensibilisation, l’art contemporain en région ne se contente pas de refléter le territoire, mais il contribue à le comprendre, à l’aimer et, surtout, à le protéger.




