
Treize recommandations pour sauver les infrastructures jamésiennes : l’ARBJ interpelle Québec

L’Administration régionale Baie‑James (ARBJ) demande au gouvernement du Québec de revoir en profondeur sa réforme du financement des infrastructures municipales, pour qu’elle colle enfin aux réalités des territoires nordiques. Dans un mémoire déposé dans le cadre des États généraux sur le coût et le financement des infrastructures, l’organisme propose treize recommandations regroupées autour de quatre grands défis : le déclin démographique, un modèle de financement qui ne cadre pas, des normes conçues pour les villes du sud et un glissement de responsabilités vers les municipalités sans les moyens qui vont avec.
Un portrait qui donne à réfléchir
Pour Nichèle Compartino, présidente du conseil d’administration de l’ARBJ et mairesse de Chibougamau, ces États généraux arrivaient à point nommé. Elle rappelle que l’état des infrastructures municipales au Québec est préoccupant. En effet, beaucoup datent d’il y a 40 ou 50 ans, et le retard d’entretien est colossal. Si la situation est particulièrement frappante en Jamésie, elle touche toutes les régions de la province. La démarche gouvernementale, qui allie une journée de réflexion et un appel à mémoires, a permis à l’ARBJ de réitérer que les spécificités nordiques sont encore trop souvent oubliées dans les programmes actuels.
Photo : Ville de ChibougamauNichèle Compartino, présidente du conseil d’administration de l’ARBJ et mairesse de ChibougamauLe mémoire souligne que la population jamésienne a chuté de près de 50 % depuis 1981, alors que les infrastructures construites à l’époque exigent toujours un entretien coûteux. « Nos infrastructures n’ont pas suivi la baisse de population, ce qui alourdit démesurément la facture pour les citoyens », explique Mme Compartino. Cette pression financière fragilise la capacité des municipalités à offrir des services de qualité.
Un financement qui rate la cible dans le Nord
L’ARBJ estime que les programmes provinciaux s’appuient sur des critères qui reflètent mal la réalité jamésienne, notamment l’indice de vitalité économique (IVE). « Cet indicateur capte assez mal notre terrain, et baser le financement là-dessus nous désavantage », note la présidente. L’organisme réclame une refonte des mécanismes d’attribution pour qu’ils intègrent les particularités géographiques, économiques et démographiques du Nord.
Des normes urbaines appliquées sans discernement
Le mémoire dénonce aussi l’application uniforme de normes pensées pour les milieux urbains. Dans les régions éloignées, ces standards créent des contraintes disproportionnées. « Le modèle unique ne marche pas, et on le répète depuis longtemps », insiste Mme Compartino. L’ARBJ demande une adaptation des exigences réglementaires pour qu’elles tiennent compte des réalités opérationnelles des municipalités nordiques.
Un transfert de responsabilités qui pèse sur les municipalités
L’organisme constate aussi un glissement progressif de responsabilités de la province vers les municipalités, sans ressources supplémentaires. Le cas récent de la SAAQ à Chibougamau en est un exemple. « Des responsabilités passent lentement de Québec aux municipalités, sans budget en conséquence », déplore la mairesse. Ce phénomène alourdit la pression financière sur des communautés déjà vulnérables.
Des risques concrets pour la survie des services
Pour l’ARBJ, le plus grand danger est que les villes ne puissent plus entretenir leurs infrastructures essentielles. Mme Compartino avertit : « Si on a collectivement investi dans ces infrastructures, mais qu’on n’est plus capable de les maintenir, c’est la qualité des services à la population qui va en souffrir ». Dans un contexte de déclin démographique, une détérioration des services pourrait accélérer l’exode et nuire à l’attractivité des communautés.
Plus de souplesse pour les municipalités
L’ARBJ réclame un financement plus flexible, qui permette aux villes de planifier leurs investissements selon leurs priorités réelles, plutôt que de courir après les programmes ponctuels annoncés par Québec. Mme Compartino illustre le problème : « Pour ne pas rater une occasion de financement, on avance parfois des travaux qui ne sont pas urgents, ce qui chamboule la planification et fait grimper les coûts ». L’organisme propose la création d’un fonds accessible sur la base de plans municipaux rigoureux, pour éviter les cycles de travaux simultanés qui font exploser les prix.
Un enjeu stratégique pour tout le Québec
L’ARBJ rappelle que les ambitions économiques, énergétiques et minières du Québec reposent en grande partie sur la vitalité des communautés nordiques. « Pas de ville en santé, pas de ville durable, pas de ville vivante : l’accès aux ressources devient alors bien plus compliqué », résume Mme Compartino. Selon elle, la province ne pourra atteindre ses objectifs sans des infrastructures solides, des services de qualité et des milieux de vie attrayants dans le Nord.
À l’aube d’une période préélectorale au Québec, l’ARBJ espère que son mémoire aidera à éclairer les décideurs et à placer les réalités nordiques au cœur des priorités gouvernementales. « Nous avons bon espoir que notre réalité sera mieux comprise à Québec, et nous allons travailler très fort pour y arriver », conclut Mme Compartino. L’organisme réaffirme que la reconnaissance des particularités nordiques n’est pas une simple revendication locale, mais une condition essentielle pour soutenir la croissance économique du Québec et assurer la pérennité de ses communautés les plus stratégiques.




