
« Les entêtés de la Baie-James » : l'obstination nordique au cœur du débat politique

À l'approche du scrutin provincial du 5 octobre, l'Administration régionale Baie-James (ARBJ) a choisi un mot d'ordre sans détour pour interpeller la classe politique, à savoir l'obstination. Avec « Les entêtés de la Baie-James », le territoire nordique veut tourner la page sur des décennies d'incompréhension face à Québec. Une lettre a été transmise à toutes les formations politiques en course. Cette démarche transpartisane vise à forcer les chefs à dévoiler leur vision d'ensemble pour le Nord-du-Québec, un espace aux ressources colossales, mais aux prises avec des précarités structurelles majeures.
Une démarche tournée vers l'avenir du territoire
L'initiative des « entêtés » s'installe au cœur du débat électoral avec pour ambition de donner aux Jamésiennes et Jamésiens une grille d'analyse rigoureuse avant leur passage aux urnes. Il ne s'agit pas d'une simple campagne de doléances. La position de l'administration régionale traduit l'exaspération d'un territoire stratégique dont les priorités sont trop souvent traitées en pièces détachées à Québec.
Le gouvernement mise abondamment sur les ressources du Nord pour alimenter la transition énergétique et le développement économique du Québec. La région, elle, déplore l'absence d'une feuille de route intégrée. Le recours accru au navettage aérien (fly-in/fly-out) pour l'exploitation minière figure parmi les points de friction majeurs, il interroge directement la viabilité à long terme des communautés locales :
« On parle énormément de minéraux critiques et stratégiques, on parle d'augmenter la capacité énergétique, on parle d'exploiter la forêt, mais on n'a pas de plan d'ensemble pour notre région. Actuellement, vous le savez, on parle énormément de navettages. Est-ce le modèle qu'on souhaite pour l'avenir dans notre région ? Nous, on pense que non », explique Nichèle Compartino, présidente du conseil d'administration de l'ARBJ et mairesse de Chibougamau.
Mettre des mots sur un sentiment d'isolement politique
Interrogée sur l'encadrement institutionnel d'une telle initiative, la présidente insiste sur le caractère organique de cette prise de parole. Pas de processus administratif lourd « Les entêtés de la Baie-James » se veut l'expression sincère du quotidien d'une population habituée à surmonter les contraintes géographiques et politiques.
Le vocabulaire choisi en dit long sur ce territoire, où la ténacité est devenue un mode de survie. En recentrant le débat sur le déclin démographique, la révision de la fiscalité locale et le partage des redevances minières, l'initiative cherche à concrétiser des demandes formulées sans succès depuis plusieurs mandats gouvernementaux.
« A-t-on réellement besoin d'une résolution pour aller de l'avant avec une initiative de la sorte ? Je ne crois pas [...]. Donc, on a souhaité mettre de l'avant une campagne qui utilise le terme "les entêtés" parce que pour habiter chez nous, on doit être obstiné, on doit se répéter. »
L'exigence d'une réciprocité à la hauteur des contributions
L'argumentaire de la Baie-James tient à un constat simple, en effet, l'apport du Nord à la richesse collective québécoise ne se discute pas, qu'il s'agisse de production hydroélectrique, de la filière bois ou des minéraux stratégiques. En retour, les élus réclament un investissement équivalent dans les infrastructures sociales et les services de proximité, essentiels pour freiner l'exode et assurer une occupation dynamique du territoire.
« Nous, on est absolument convaincus que ce que notre région a à offrir au Québec est important [...]. On pense que notre contribution est très honorable et on pense qu'on mérite certainement d'avoir des services publics de qualité qui sont à la hauteur de la contribution que nous faisons au Québec. »
L'appel lancé aux candidats provinciaux vise des engagements précis et chiffrés. Pour les instances jamésiennes, la période électorale ouvre une fenêtre d'opportunité pour transformer des requêtes historiques en politiques publiques durables.




