
La Baie-James face aux défis du développement durable et de la préservation des droits autochtones

Alors que les projets d’exploitation des ressources naturelles se multiplient, la nécessité d’un développement durable, en harmonie avec les communautés locales et les écosystèmes, s’impose plus que jamais sur le territoire de la Baie-James. Depuis la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, signée en 1975, un régime d’évaluation des impacts environnementaux encadre les projets industriels et économiques sur ce territoire. Pour Manon Cyr, mairesse de Chibougamau et vice-présidente du Gouvernement régional Eeyou Istchee Baie-James (GREIBJ), cet encadrement a été un levier important pour le développement des communautés cries :
"Grâce à cette convention, les Cris ont obtenu des moyens financiers et ont pu développer leurs propres services, que ce soit en éducation, en santé, ou même par le biais d’une commission scolaire autonome. Ce régime environnemental était précurseur même par rapport aux évaluations du BAPE, ce qui montre son caractère unique et avant-gardiste."
L’enjeu du développement économique responsable
L’exploitation des ressources naturelles reste un moteur économique essentiel pour le Québec et pour les communautés locales. Hydroélectricité, eau potable, minéraux stratégiques et exploitation forestière sont au cœur des projets en cours. Mais pour Manon Cyr, il est impératif de trouver un équilibre entre croissance économique et préservation du territoire :
"Ce qu'il faut faire, c'est développer des projets ayant le moins d'impact possible sur l’environnement et les populations, qu’elles soient cries ou Jamésiennes. Il s’agit de préserver ce vaste territoire tout en permettant un développement stratégique qui profite à toutes les communautés."
Une gouvernance autochtone plus forte
Les Premières Nations revendiquent depuis longtemps une gestion plus inclusive des projets économiques. La Convention leur accorde une autonomie politique et administrative ainsi que des droits exclusifs de chasse, de pêche et de piégeage sur une immense superficie de 170 000 km². Malgré ces acquis, des tensions subsistent, notamment autour de la consultation et du consentement préalable exigés avant l’exploitation des ressources.
Le Comité consultatif pour l’environnement de la Baie-James (CCEBJ) joue un rôle clé dans la protection du territoire. Son plan stratégique 2023-2028 met l’accent sur la préservation des écosystèmes et l’adaptation aux changements climatiques. Cependant, certaines industries, notamment l’exploitation minière et forestière, suscitent des inquiétudes quant aux impacts cumulatifs sur la biodiversité et la qualité des ressources en eau.
Le défi pour les acteurs locaux et provinciaux reste d’assurer une gestion équilibrée et durable du territoire de la Baie-James. Dans un contexte où les ressources naturelles jouent un rôle stratégique pour le Québec, il semble plus que jamais impératif de concilier développement économique et préservation environnementale, tout en respectant les droits ancestraux des Premières Nations.