
Grève du communautaire : des organismes de la Baie‑James dénoncent un financement insuffisant

Depuis le 23 mars et jusqu’au 2 avril 2026, un vaste mouvement de grève secoue le milieu communautaire québécois. En effet, 1625 organismes ont cessé leurs activités pour signifier que l’équilibre social de la province est en danger. À Matagami, quatre organisations, soit Solidarité Alimentaire, le Centre de femmes Uni-Vers-Elles, la Maison des jeunes et Partenaires à parts égales, se sont jointes à la mobilisation lancée par le mouvement Le communautaire à boutte et le Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA), dénonçant un manque de financement qui met directement en péril leurs services.
« On est le filet social du Québec »
Manon Bordeleau, coordonnatrice de Solidarité Alimentaire Matagami, rappelle que « cette grève sert avant tout à faire reconnaître l’importance du travail communautaire. » Selon elle, ces organismes jouent un rôle essentiel auprès de la population, et leur absence forcerait l’État à prendre en charge des besoins actuellement comblés sur le terrain.
Le dernier budget provincial a bien prévu une enveloppe de 20 millions de dollars pour le secteur, mais sur le terrain, cette somme est perçue comme largement insuffisante. Une fois répartie entre les organismes, elle représente à peine quelques milliers de dollars chacun, un montant rapidement absorbé par la hausse du coût de la vie.
Dans une région comme Matagami, où l’éloignement accentue les besoins, ces ressources sont encore plus cruciales. Manon Bordeleau, insiste sur le fait que les services offerts répondent à des situations bien réelles : « Les gens ne viennent pas chez nous pour passer le temps. Ils viennent parce qu’ils ont besoin d’aide », souligne-t-elle.
Au cours de la dernière année, son organisme a soutenu plus de 300 personnes grâce à diverses initiatives, allant de l’aide alimentaire aux repas à domicile, en passant par les cuisines collectives. Ces actions contribuent aussi à briser l’isolement et à maintenir un tissu social vivant, comme l'explique Jenny Bourassa, intervenante au Centre de femmes Uni-Vers-Elles : « On accompagne des femmes en situation de vulnérabilité, parfois marquées par la violence. » Bien qu’il ne soit pas un centre d’hébergement, il constitue souvent un premier point de contact essentiel pour celles qui cherchent du soutien.
Un autre enjeu majeur soulevé par les organismes concerne l’instabilité du financement. Les délais dans l’attribution des subventions compliquent énormément la gestion quotidienne. Les équipes doivent continuer à offrir des services sans savoir si les ressources financières suivront, ce qui fragilise l’ensemble du réseau.
« À court terme, des services vont fermer »
De son côté, Caroline Chartier, coporte-parole du mouvement Le communautaire à boutte , met en garde contre les conséquences d’un manque d’action rapide. Elle explique que, faute de moyens, plusieurs organismes devront réduire leurs activités, voire cesser complètement leurs opérations. Une situation qui aurait des impacts directs sur les populations les plus vulnérables. Elle insiste sur la nécessité de repenser en profondeur le financement du secteur afin d’éviter une dégradation rapide des services essentiels.
Au-delà des revendications financières, cette mobilisation cherche aussi à raviver un sentiment de reconnaissance et de fierté chez les travailleuses et travailleurs du milieu communautaire. « On veut créer un mouvement de masse. Au Québec, il n’y a jamais eu de transformation sociale sans un mouvement qui se lève », rappelle Mme Chartier.
Même si cette grève implique une interruption de certains services, elle est perçue comme indispensable pour provoquer un réel changement. Le mouvement réclame un investissement de 2,6 milliards de dollars, soit 2 % du budget provincial, afin d’assurer un financement stable et adéquat.
Sur le plan local, à Matagami, plusieurs initiatives sont mises en place pour sensibiliser la population. Les organismes distribuent notamment des « biscuits baboune » accompagnés d’informations explicatives, installent du matériel informatif dans les commerces et participeront à la grande mobilisation du 2 avril 2026 devant le Parlement à Québec. « Les gens pensent qu’on fait ça pour nous. Mais on fait ça pour eux », indique Jenny Bourassa, en soulignant que ces services sont essentiels et peuvent, dans certains cas, faire une réelle différence dans la vie des gens.
L’inquiétude demeure bien présente chez les intervenantes, qui craignent de voir disparaître des ressources indispensables. Pour elles, cette grève représente avant tout un signal d’alarme adressé autant au gouvernement qu’à la population.




