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Coût du panier d’épicerie : la Baie‑James espère des impacts concrets des mesures Carney

Hind Dekkar
L’honorable Mandy Gull-Masty,  ministre des Services aux Autochtones du Canada et députée d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou.
Publié le 23 février 2026 par Hind DekkarL’honorable Mandy Gull-Masty, ministre des Services aux Autochtones du Canada et députée d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou / Photo : Parti libéral du Canada


Le gouvernement fédéral souhaite intensifier ses efforts pour freiner la flambée des prix alimentaires, un phénomène qui frappe de plein fouet les régions nordiques. En dévoilant une série de mesures visant à rendre les denrées et produits essentiels plus accessibles, le premier ministre Mark Carney propose de nouveaux outils pour soutenir les communautés, notamment celles de la Baie-James, où le panier d’épicerie figure toujours parmi les plus coûteux au Canada.

L’annonce repose principalement sur deux éléments : la transformation du crédit de TPS, désormais appelé Bénéfice canadien pour les produits d’alimentation et de produits essentiels, et la mise sur pied d’un Fonds de sécurité alimentaire doté de 150 millions de dollars. Pour la ministre des Services aux Autochtones du Canada et députée d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, Mandy Gull-Masty, ces initiatives pourraient enfin mieux correspondre aux réalités du Nord.

Dès cette année, Ottawa prévoit verser un paiement ponctuel équivalant à une augmentation de 50 % du crédit de TPS. Par la suite, le montant sera majoré de 25 % pour les cinq prochaines années. Selon Mme Gull-Masty, les retombées seront concrètes dans la circonscription : « Une famille de quatre personnes pourra recevoir jusqu’à 1 890 $ cette année, puis environ 1 400 $ par année pour les quatre années suivantes. Pour une personne seule, ce sera jusqu’à 950 $ cette année. » Elle évalue qu’environ 30 000 personnes dans sa circonscription pourront bénéficier de cette aide. « C’est vraiment ciblé vers les personnes à revenu modeste. On sait que les jeunes et les aînés sont particulièrement touchés par la hausse du coût de la vie. »

Dans les communautés cries et jamésiennes, où l’éloignement, le transport et la dépendance envers les fournisseurs du Sud font grimper les prix, ce soutien direct pourrait offrir un certain soulagement. Le nouveau Fonds de sécurité alimentaire, intégré à l’Initiative régionale de réponse tarifaire, vise à appuyer les PME, les organismes locaux et les communautés désireuses de mettre en place des solutions durables. Pour la ministre, les possibilités sont bien réelles : « Si une communauté veut établir une serre, un frigo communautaire ou un carrefour alimentaire, elle pourra aller chercher des fonds pour lancer ce type d’initiative. »

Dans plusieurs villages de la Baie-James, des projets collectifs tels que les cafés communautaires, les cuisines partagées, les centres de distribution, contribuent déjà à réduire l’insécurité alimentaire. Un financement stable pourrait leur permettre de passer à la vitesse supérieure.

Consolider l’approvisionnement nordique

Le gouvernement fédéral prévoit aussi un ensemble d’initiatives comprenant une enveloppe de 500 millions de dollars pour aider les entreprises à faire face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, une déduction immédiate pour les investissements dans des serres achetées après novembre 2025 afin de stimuler la production locale, ainsi qu’un financement de 20 millions de dollars destiné au soutien des banques alimentaires et des infrastructures communautaires.

L’objectif est d'agir à la source pour limiter les hausses de prix, un enjeu crucial dans les régions isolées où les ruptures d’approvisionnement sont fréquentes. « Ce sont des choses qui ajoutent à l’insécurité alimentaire. Renforcer la production et la chaîne d’approvisionnement, c’est essentiel pour nous dans le Nord », rappelle Mme Gull-Masty.

Un accès simplifié aux programmes

Questionnée sur la capacité des petites entreprises et des communautés de la Baie-James à obtenir rapidement ces fonds, la ministre se montre confiante. « Il y a plusieurs structures dans ce nouveau fonds qui vont donner l’accès à des projets communautaires. Les communautés vont pouvoir décider de leur approche et utiliser ces fonds pour des projets qui peuvent être partagés. » Elle insiste néanmoins sur la nécessité d’une certaine souplesse administrative afin de tenir compte des particularités nordiques.

Vers une stratégie nationale

Au-delà des mesures immédiates, Ottawa travaille à l’élaboration d’une Stratégie nationale de sécurité alimentaire qui vise notamment à accroître la production alimentaire canadienne, à améliorer l’accès à des aliments sains et abordables, à généraliser l’étiquetage des prix unitaires et à renforcer le rôle du Bureau de la concurrence dans la surveillance du secteur alimentaire. Pour les communautés du Nord, cette stratégie pourrait constituer un cadre durable afin de réduire la dépendance aux importations et favoriser une plus grande autonomie alimentaire.

Un enjeu majeur pour la Baie-James

En Baie-James et au Nunavik, le coût du panier d’épicerie peut être deux à trois fois plus élevé que dans les grands centres. Les projets locaux — serres, transformation alimentaire, infrastructures d’entreposage — se heurtent souvent à des obstacles financiers et logistiques importants. Les annonces d’Ottawa pourraient donc marquer un pas décisif, à condition que les programmes soient réellement accessibles et adaptés aux besoins du territoire. « C’est un gros besoin dans la région. Les communautés veulent des solutions durables, et ces fonds peuvent vraiment aider à bâtir quelque chose qui leur appartient », conclut la ministre.