
Construction, emploi, pauvreté : la Baie‑James face à des défis structurels persistants

Le dernier bulletin de l’Observatoire de la Baie-James dresse un portrait contrasté d’un territoire en pleine mutation. Entre des mises en chantier irrégulières, la menace de l’automatisation sur l’emploi et la fragilité croissante des familles monoparentales, la région cumule des défis structurels.
Une énigmatique valse à deux temps dans l’immobilier
Depuis 2020, la construction résidentielle évolue en dents de scie. Les investissements ont grimpé en flèche en 2021, chuté brutalement en 2022, repris de la vigueur l’année suivante… avant de redescendre encore en 2024. Ce schéma alterné, année après année, suggère une dynamique bisannuelle que les experts peinent encore à expliquer. Hugo Asselin, directeur de l’Observatoire, chercheur et professeur à l’École d'études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), invite à la prudence : « Voir un cycle sur deux ans plusieurs années de suite suggère une tendance, mais l’expliquer n’est pas évident. »
L’hypothèse de chantiers de rénovation se propageant de voisin en voisin est avancée, mais les autres segments de la construction divergent fortement. Le secteur commercial est tombé sous 1,2 million de dollars. L’industrie, elle, a connu une envolée budgétaire à 18,5 millions, portée par des mégaprojets miniers et usiniers. L’institutionnel s’essouffle progressivement après son pic post-pandémique.
Un marché du travail sous l’ombre de l’intelligence artificielle
Le bulletin pointe aussi la structure du marché du travail. Selon les données récentes, près de 69 % de la population active occupe un emploi fortement exposé à l’intelligence artificielle, avec peu de complémentarité possible. Dans la vente, le transport ou l’extraction des ressources, l’automatisation menace directement les postes plutôt que d’assister les travailleurs. Cette vulnérabilité touche surtout la main-d’œuvre masculine, surreprésentée dans ces secteurs.
« C’est encore tôt pour mesurer le risque, mais cela lève un drapeau rouge qui impose de diversifier nos emplois. »
La précarité s’aggrave pour les familles monoparentales
Le bilan social est tout aussi préoccupant. Après l’accalmie artificielle des aides d’urgence pendant la crise sanitaire, la pauvreté a repris sa progression et touche plus de 600 personnes.
L’inflation et le retrait des prestations gouvernementales ont frappé les ménages monoparentaux, qui représentent maintenant près des deux tiers des personnes à faible revenu de la région. Le phénomène s’est intensifié dans les foyers avec plusieurs enfants. Le chercheur n’y voit pas une spécificité locale, mais un drame partagé : « C’est un peu partout que les familles monoparentales sont plus vulnérables, car boucler les fins de mois avec un seul revenu reste très difficile. »
En croisant les données sur l’immobilier, l’emploi et le revenu, le bulletin d’août 2026 met en lumière la fragilité des régions ressources face aux transformations technologiques et aux pressions économiques. Diversifier le marché du travail, stabiliser les investissements résidentiels, mieux soutenir les ménages précaires constitue autant de chantiers qui exigent une planification adaptée au territoire.




