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Baie-James : « loin des yeux, loin du cœur » ?

Hind Dekkar
Bureaux de l'Administration régionale Baie-James à Matagami
Publié le 24 septembre 2026 par Hind DekkarBureaux de l'Administration régionale Baie-James à Matagami / Photo : Hind Dekkar


Dans une lettre ouverte adressée aux chefs de partis, la présidente du conseil d'administration de l'Administration régionale Baie-James (ARBJ), Nichèle Compartino, réclame des mesures d'urgence. Dénonçant le sous-investissement et des critères administratifs inadaptés, la région demande un partenariat renouvelé avec l'État.

À l'approche des élections, l'ARBJ réintroduit les enjeux des communautés nordiques dans le débat provincial. Sa campagne « Les entêtés de la Baie-James » dresse un constat sévère. Bien que la région contribue de manière majeure à l'économie québécoise, elle perd des habitants d'année en année et souffre d'un manque criant de services publics.

Infrastructures routières : un réseau sous-financé

Le réseau routier jamésien subit un trafic lourd et continu lié aux activités minières et forestières, le tout dans des conditions climatiques rigoureuses. Les chiffres publiés par l'ARBJ parlent d'eux-mêmes, le ministère des Transports alloue 55 000 $ par kilomètre sur la Côte-Nord, par exemple, contre seulement 19 000 $ dans le Nord-du-Québec.

Ces axes routiers ne servent pas uniquement au transport des marchandises ; ils constituent les seules voies d'accès et d'évacuation en cas d'urgence, comme l'ont rappelé les incendies de forêt de l'été 2023 :

« On a appris à la dure en 2023 que nos routes étaient absolument essentielles pour évacuer nos communautés en cas de sinistre. Il est donc primordial de préserver ces actifs et leur qualité, au bénéfice des Jamésiens, mais aussi pour l'économie de tout le Québec », explique Nichèle Compartino.

Des services publics sous pression

La population régionale a chuté de moitié, passant de près de 26 000 habitants en 1981 à environ 13 300 aujourd'hui. L'ARBJ dénonce la rigidité des grilles ministérielles, qui ne prennent pas en compte l'éloignement géographique. Dans les services de garde, la liste d'attente compte désormais autant d'enfants que de places disponibles, poussant certaines familles à quitter le territoire.

Le milieu scolaire fait face aux mêmes difficultés. En 2023, 22 % du personnel enseignant n'était pas légalement qualifié, un écart marqué par rapport à la moyenne provinciale. L'isolement et la précarité de l'offre de soins pèsent lourdement sur la santé mentale : 42 % des élèves du secondaire présentent un indice élevé de détresse psychologique, et 10 % des jeunes ont reçu un diagnostic de dépression (contre 7 % à l'échelle du Québec).

« On parle de déclin démographique depuis plusieurs années. Eh bien, l'accès à une place en service de garde est indispensable si l'on veut inciter de nouvelles familles à s'installer chez nous. Si le gouvernement souhaite réellement enrayer ce déclin, il doit soutenir la région au travers de services publics adéquats. »

Un territoire au cœur de l'économie québécoise

La Baie-James couvre plus de 50 % de la superficie de la province. On y produit la moitié de l'hydroélectricité québécoise, en plus d'y extraire une part majeure des ressources forestières et des minéraux critiques essentiels aux filières industrielles. Le territoire s'appuie également sur la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, un traité fondateur consacrant un modèle de gouvernance unique et une relation de nation à nation.

Toutefois, l'ARBJ souligne une iniquité fiscale criante, les incitatifs destinés aux régions éloignées s'appliquent de la même façon au Saguenay qu'à Radisson, située pourtant à 1 467 kilomètres de la capitale. Autre anomalie, bien que la région affiche l'un des PIB (150 808 $) par habitant les plus élevés de la province, à peine 0,3 % des fonctionnaires québécois y ont leur résidence administrative.

« Le manque de fonctionnaires en région pour faire valoir nos intérêts à Québec et appuyer les décideurs mène à des choix politiques de moins en moins adaptés à notre réalité. C'est cette dégradation dans la prise de décision que nous dénonçons. »

Face à ces constats, l'ARBJ réclame que les prétendants au gouvernement inscrivent le développement du Nord-du-Québec dans un plan stratégique global, articulé autour d'investissements durables dans les services de proximité et l'occupation du territoire.