
Autonomie, polyvalence et rétention : les défis du personnel infirmier en région éloignée

À l’occasion de la Semaine de la profession infirmière, qui se déroule du 10 au 16 mai sous le thème « Vos compétences à l’œuvre », l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) souhaite mettre en avant l’expertise de ses membres, notamment dans les régions où les conditions de travail demandent une grande autonomie et un forte capacité d’adaptation. Le Nord-du-Québec, avec son immense territoire, l’éloignement des services et le manque de personnel, représente bien cette réalité.
D’après les données les plus récentes du tableau d’inscription annuel, 841 infirmières et infirmiers pratiquent actuellement dans cette région, soit une augmentation de 6,3 % comparativement à l’année précédente. Parmi eux, près de 74 % occupent un poste à temps complet. La région compte aussi 11 infirmières praticiennes spécialisées, ce qui représente une hausse de 10 %. Pour le président de l’OIIQ, Luc Mathieu, ces statistiques donnent certains repères, sans pour autant confirmer que les besoins sont pleinement couverts.
Attirer du personnel, mais aussi le garder
Même si le recrutement reste un défi important, la capacité à retenir les professionnels sur le terrain l’est tout autant. « Au-delà de l’attraction, il faut travailler aussi sur les facteurs de rétention », souligne M. Mathieu. Il rappelle toutefois que les conditions de travail, la gestion des équipes et l’organisation des soins relèvent avant tout des établissements de santé. De son côté, l’OIIQ concentre ses efforts sur la défense de la profession et les échanges avec les décideurs.
Dans les régions éloignées, où les équipes sont souvent plus petites et les déplacements plus complexes, les infirmières et infirmiers doivent exercer avec une plus grande autonomie clinique. Cette réalité ne traduit pas un changement artificiel de leur rôle, mais plutôt l’utilisation complète de leurs compétences. « On permet aux infirmières et infirmiers d’exercer à leur plein potentiel », explique le président de l’OIIQ, qui estime que cette autonomie constitue un attrait pour plusieurs professionnels. Il ajoute d’ailleurs avec humour : « Il faudrait importer les modèles d’organisation des soins du Nord vers le Sud. »
Une reconnaissance adaptée aux réalités régionales
Questionné sur la reconnaissance de la complexité du travail infirmier dans les régions éloignées, Luc Mathieu rappelle que l’OIIQ n’intervient pas directement dans l’organisation des milieux de travail. « Ça relève des milieux de soins de mettre à contribution l’ensemble des compétences des infirmières et des infirmiers », précise-t-il. L’Ordre peut néanmoins jouer un rôle en sensibilisant les autorités aux défis vécus sur le terrain et en soutenant la formation continue.
Cette approche est d’ailleurs au centre de la Semaine de la profession infirmière ainsi que du prochain congrès de l’OIIQ prévu en décembre 2026. L’organisation souhaite y réaffirmer l’importance de maintenir ses connaissances à jour tout au long de sa carrière. « Il faut mettre nos compétences à jour tout au long de notre carrière », rappelle Luc Mathieu, évoquant l’évolution constante des technologies, des pratiques médicales et des besoins de la population.
Des compétences indispensables dans tout le Québec
Cette 33e édition de la Semaine de la profession infirmière met en lumière le rôle essentiel joué par les infirmières et infirmiers dans la qualité et la sécurité des soins offerts à la population. « Miser sur la compétence infirmière n’est pas un luxe, c’est une nécessité », affirme le président de l’OIIQ, qui souhaite mieux faire comprendre l’importance de cette profession autant auprès du grand public que des décideurs.
Que ce soit dans les hôpitaux, en soins à domicile, en première ligne ou dans des milieux spécialisés, les infirmières et infirmiers demeurent au cœur du système de santé québécois. Au Nord-du-Québec, leur travail prend une dimension particulière, marquée par l’éloignement, la polyvalence et l’entraide professionnelle. Une réalité qui mérite plus que jamais d’être soulignée et valorisée.




