
Ungava : Sonia Caron souhaite replacer les réalités nordiques au cœur des priorités québécoises

À quelques jours des élections générales provinciales du 5 octobre 2026, la campagne électorale prend une couleur particulière dans Ungava, une vaste circonscription d’environ 855 000 km² où vivent quelque 45 740 personnes. Pour Sonia Caron, candidate du Parti Québécois et directrice du Centre de formation professionnelle de la Baie-James, les immenses distances, le coût de la vie, la baisse démographique et l’accès aux services exigent une approche gouvernementale adaptée au Nord.
Dans cette circonscription, où environ les deux tiers de la population sont en âge de voter, les enjeux abordés par la candidate englobent pratiquement tous les secteurs de la vie quotidienne : santé, éducation, petite enfance, logement, transport, économie, fiscalité, démographie, relations avec les Premières Nations et les Inuit ainsi que la condition féminine.
Forte de plus de 20 ans d’expérience dans le réseau de l’éducation et d’un parcours qui l’a notamment menée jusqu’à Inukjuak, au Nunavik, Sonia Caron affirme vouloir porter une vision nordique jusqu’à l’Assemblée nationale si elle est élue le 5 octobre prochain.
Photo : Facebook de Sonia Caron, candidate pour le Parti Québécois dans UngavaSonia Caron, candidate pour le Parti Québécois dans la circonscription d'UngavaDes soins qui doivent se rapprocher des communautés
Pour Sonia Caron, l’un des premiers constats s’impose dans une circonscription où certains déplacements pour obtenir des soins spécialisés peuvent représenter plusieurs centaines de kilomètres : le système de santé ne peut pas être pensé de la même manière à Montréal et dans le Nord-du-Québec.
La candidate souhaite donc privilégier davantage les soins de proximité et utiliser les nouvelles technologies afin de limiter les déplacements vers les grands centres urbains.
« L’accès aux soins de santé au Nord-du-Québec doit vraiment être considéré comme un enjeu spécifique à part entière pour le gouvernement du Québec. De base, on ne peut pas réfléchir le système de santé au Nord comme on le réfléchit pour Montréal. L’idée, c’est vraiment de faire en sorte que les soins de santé puissent venir aux gens plutôt qu’ils aient à se déplacer toujours à Montréal, à Roberval, à Amos ou ailleurs », souligne Sonia Caron
Son approche comprend également un recours accru à l’intelligence artificielle pour certaines tâches administratives répétitives. Ici, l’objectif serait de libérer du temps pour que les professionnels puissent consacrer plus de temps aux interventions nécessitant une présence humaine.
Le Parti Québécois propose par ailleurs, selon Mme Caron, de rembourser entièrement les frais médicaux associés aux déplacements hors région et d’offrir une compensation financière pour les journées de travail perdues lors de ces déplacements.
La santé mentale des jeunes parmi les priorités
La candidate péquiste accorde une place importante à la santé mentale des jeunes. Elle évoque par exemple l’isolement ou même le temps passé devant les écrans qui s’accroît.
Elle souhaite augmenter les investissements dédiés aux services de santé mentale, tout en misant prioritairement sur la pratique de l'activité physique à l’école et sur une réflexion concernant l’omniprésence des écrans au quotidien.
« C’est prouvé par plusieurs études que le cellulaire, la connectivité Internet ou le temps d’écran diminuent beaucoup la santé mentale de nos ados et augmentent leur anxiété. Nos jeunes ne se sont jamais sentis aussi seuls, même s’ils sont connectés quasiment 24/24. [...] Il y a aussi une surprescription depuis les 10 dernières années », alerte-t-elle, indiquant que l’objectif est d’injecter des sommes dans le réseau de la santé pour améliorer la santé mentale des jeunes.
Garderies et éducation : attirer des familles, mais aussi les retenir
La question de la petite enfance constitue un autre élément de la stratégie politique bâtie par la candidate. En effet, l’Administration régionale Baie-James (ARBJ) rapporte actuellement un manque important de places en garderie sur l'ensemble du territoire jamésien. Pour Mme Caron, cette pénurie peut devenir un obstacle concret pour une famille qui souhaiterait s’installer dans une communauté nordique.
Elle propose donc d’améliorer les conditions de travail des éducatrices, de renforcer leur formation et de construire de nouvelles infrastructures. « On ne se le cachera pas : il y a beaucoup de gens qui souhaiteraient venir travailler ici, mais qui n’ont pas de place en garderie. Donc l’idée, c’est de replacer l’enfant au cœur des services publics, tout comme nos aînés, puis de faire en sorte qu’on puisse accueillir de nouvelles familles chez nous », avance-t-elle.
Sur le plan de l'éducation, Sonia Caron souhaite également développer ce qu’elle décrit comme un modèle nordique, capable d’attirer et de retenir les enseignants dans les communautés éloignées. La main-d’œuvre constitue ici un enjeu important. Selon les données dont dispose la candidate, plus de 70 enseignants travaillant sur le territoire de la Baie-James ne seraient pas légalement qualifiés.
Le logement abordable reste aussi un préalable
Mais avant même de convaincre une famille de venir s’installer dans le Nord, encore faut-il pouvoir lui offrir un toit.
Sonia Caron considère que la crise du logement frappe les communautés nordiques depuis plusieurs décennies et que les solutions doivent tenir compte des coûts de construction, qui peuvent être plus élevés en raison de l’éloignement.
Elle souhaite entre autres revoir certaines normes et réduire la bureaucratie gouvernementale afin de diminuer les coûts liés à la construction et, par conséquent, la pression sur les prix des logements.
Le déclin démographique au cœur de la réflexion
Toutefois, plusieurs de ces enjeux s’intègrent à un autre dossier que Sonia Caron présente comme majeur pour la région : le déclin démographique.
Selon les chiffres dont elle dispose, le territoire aurait perdu près de la moitié de sa population depuis 1982 et pourrait continuer à se dépeupler au cours des décennies à venir.
« C’est l’enjeu majeur. Depuis 1982, on a perdu 49 % de notre population. Et d’ici 2040 ou 2050, on envisage d’en avoir perdu 52%. […] Le Parti Québécois comprend l’importance stratégique du Nord, au-delà de sa faible densité de population », ajoute Mme Caron.
Pour la candidate, la diminution de la population entraîne des conséquences qui dépassent les statistiques. Moins de résidents signifie moins de travailleurs disponibles et donc moins de familles, ce qui peut exercer une contrainte supplémentaire sur certains services et accentuer le recours à une main-d’œuvre provenant de l’extérieur.
Réduire le navettage pour dynamiser les communautés
Sonia Caron souhaite reprendre les travaux réalisés par le Conseil régional des partenaires du marché du travail (CRPMT) afin d’identifier les mesures permettant de réduire le phénomène.
« Les moyens ont été identifiés par le CRPMT, ils ont déjà été adressés au gouvernement Legault et au gouvernement fédéral précédent à plusieurs reprises. Tout est là, on va reprendre ça », prévient-elle.
La candidate pense que le navettage doit être abordé de façon globale. Le logement, les services régionaux, les places en garderie, l’accueil dans les écoles et la qualité de vie doivent, selon elle, être considérés ensemble plutôt que séparément.
Coût de la vie et fiscalité : tenir compte de l’éloignement
Sonia Caron affirme que les ménages et les entreprises du Nord doivent composer avec des coûts supplémentaires associés à l’éloignement, y compris pour certains biens et services. « Le Parti Québécois souhaite diminuer de 50% la TVQ sur l’essence. D’ailleurs, mon chef Paul [St-Pierre Plamondon] donnait en exemple le coût de l’essence à Radisson, comparativement à ce qui se passe plus au Sud », relate-t-elle.
Photo : Facebook de Sonia Caron, candidate pour le Parti Québécois dans UngavaSonia Caron, candidate du Parti Québécois dans Ungava, au côté du chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre PlamondonLa candidate péquiste souhaite également revoir la fiscalité des municipalités afin que celles dotées d'une faible densité de population puissent bénéficier d’un financement davantage ajusté à leurs réalités vécues.
« On va aussi revoir la fiscalité des individus pour faire en sorte que les villes ne remettent pas aux habitants la charge de leurs frais, donc la fiscalité des municipalités va être revue. [...] On va se trouver à payer un petit peu moins, considérant que les villes vont recevoir différemment les sommes », soutient Sonia Caron.
Cette proposition s’inscrit dans une réflexion plus large sur la manière dont les budgets publics sont distribués. Pour Sonia Caron, la population ne peut pas être le seul paramètre lorsqu’il s’agit de financer les infrastructures et les services dans une région aussi vaste.
« Je disais que le navettage était mon premier objectif, mais avant ça, il y a à “ajuster les paramètres fiscaux” […] On ne rentre jamais dans les paramètres et souvent ce qui est pris en compte pour calculer la redistribution des sommes au Québec, c’est la population et non pas le territoire. Alors que ça ne fait pas de sens qu’on soit le plus grand territoire à couvrir, et qu’on ait le plus petit budget au Québec », déplore la candidate.
Mines et redevances minières : l’urgence de revoir la distribution
Le débat sur la fiscalité rejoint également celui de l’économie. Le Nord-du-Québec repose sur plusieurs secteurs stratégiques, incluant les mines, la foresterie et l’hydroélectricité.
Sonia Caron estime qu’une plus grande partie de la richesse générée dans le Nord devrait se traduire par des retombées économiques concrètes pour les communautés qui y résident. Le Parti Québécois propose notamment d’augmenter les redevances minières destinées aux régions ressources.
« Est-ce que c’est suffisant ? Je ne crois pas. Mais considérant que le chef du Parti Québécois a une oreille très attentive aux spécificités des régions, et particulièrement aux spécificités nordiques, je pense que de cette façon-là on va être capables au fil de nos mandats de mettre en place des mesures à grand impact pour améliorer la qualité de vie des habitants d’Ungava », martèle Mme Caron.
La candidate relie cette question à l’entretien des infrastructures routières. Elle juge que les paramètres de financement doivent mieux tenir compte de l’immensité du territoire, alors que certaines communautés sont séparées de plusieurs centaines de kilomètres les unes des autres.
Elle propose donc de nouvelles balises pour déterminer la répartition des budgets consacrés aux services publics dans le Nord.
Une coordination gouvernementale souhaitable pour Ungava
Pour Sonia Caron, ces différents enjeux ne peuvent toutefois pas être traités indépendamment. Elle souhaite une coordination accrue entre les ministères afin que les décisions prises convergent vers un objectif commun.
« Tout ce qui touche le Nord-du-Québec et Ungava doit être traité de façon interministérielle. Il doit y avoir une coordination gouvernementale très forte pour arrimer tous les ministères vers l’objectif commun : diminuer le navettage, revitaliser nos communautés, repeupler nos régions, avoir accès à de l’eau potable et à des soins de santé adéquats. Je pense que l’éducation est le moteur de développement d’une société », explique la candidate péquiste.
L'approche retenue constitue l’un des fils conducteurs de son programme : plutôt que de considérer chaque problème individuellement, la candidate veut les rattacher à l’objectif de revitalisation des communautés nordiques.
Relations avec les Premières Nations et protection des femmes
Les relations avec les Premières Nations et les Inuit occupent également une place importante dans la vision défendue par Sonia Caron.
Elle s’appuie principalement sur son expérience professionnelle dans le Grand Nord, dont son passage à Inukjuak, où elle a commencé sa carrière en tant qu'enseignante au secondaire. « On a vraiment la volonté de co-construire avec eux, main dans la main, et non de faire en sorte d’avoir des relations transactionnelles basées sur la redistribution d’argent », dévoile Mme Caron, qui confirme vouloir développer des relations basées sur la collaboration et l’élaboration de solutions communes.
D'après la candidate du Parti Québécois, établir ce type de dialogue à travers ses rencontres avec les dirigeants du Gouvernement de la Nation Crie et des Inuit est primordial.
Un autre dossier vient achever cette réflexion : celui des femmes victimes de violence. Sonia Caron estime que l’éloignement et le manque de ressources spécialisées peuvent compliquer les démarches des victimes dans les petites communautés, particulièrement lorsque les ressources disponibles sont limitées.
Elle souhaite donc augmenter le financement destiné aux organismes communautaires et aux maisons d’hébergement, tout en renforçant la formation des intervenantes appelées à accompagner ces victimes.
« Je considère que les victimes de violences conjugales d’ici n’ont pas les mêmes facilités et le même accompagnement qu’au Sud », regrette-t-elle.
Pour elle, les démarches judiciaires et sociales des victimes doivent être adaptées aux réalités des communautés nordiques, où la proximité entre les citoyens peut également rendre certaines situations parfois plus complexes.




