
Ungava : Amélie Béchard défend une gouvernance nordique centrée sur l’accès et la proximité

Dans le comté d’Ungava, territoire couvrant plus de la moitié de la superficie du Québec, un bulletin de vote y file sur des milliers de kilomètres, du 49e parallèle jusqu'au détroit d'Hudson, et la logistique prend constamment le pas sur la rhétorique. C’est dans ce contexte que la candidate caquiste Amélie Béchard et le député sortant Denis Lamothe construisent leurs promesses autour d'une politique nordique qui se mesure concrètement en kilomètres parcourus et via l’accès aux services de proximité.
Photo : Coalition Avenir Québec (CAQ) Amélie Béchard, candidate de la Coalition Avenir Québec (CAQ) dans la circonscription d'UngavaSanté : rehausser les indemnités, miser sur la prévention
L'absence d'oncologues ou de chirurgiens sur place impose des déplacements fréquents vers les grands centres urbains. Face à ces contraintes, Amélie Béchard propose de « réviser les compensations financières versées aux patients contraints de voyager pour se faire soigner : les barèmes actuels, 23 cents du kilomètre et 123 dollars par nuitée sont insuffisants. »
Pour retenir les professionnels tout en agissant en amont, la candidate préconise des incitatifs financiers ainsi que l'instauration de programmes sportifs et de plein air dès l'école, ciblant du même coup la prévention de la santé et le décrochage scolaire.
Si la CAQ a instauré des primes de rétention en région et développé la télémédecine, le bilan sur le terrain demeure contrasté. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) notent que la dépendance à la main-d'œuvre indépendante reste forte dans le Nord, provoquant des fermetures récurrentes de lits ou de services d'urgence, notamment à Chibougamau. Quant à la revalorisation des allocations de déplacement, elle demeure une revendication historique des acteurs locaux encore en attente de concrétisation.
Si la prise en charge médicale oblige les citoyens à parcourir des centaines de kilomètres, les difficultés d'accès aux services essentiels se répercutent également dès le plus jeune âge, au sein des infrastructures éducatives et de la petite enfance.
Éducation et petite enfance : adapter les règles provinciales
Alors que Québec vise la création de 25 000 places en service de garde d'ici 2031, Amélie Béchard réclame une décentralisation des pouvoirs décisionnels pour Ungava :
« Les critères d'attribution provinciaux, souvent conditionnés à un nombre minimal élevé d'enfants, s'avèrent inadaptés aux petites localités nordiques. »
En milieu scolaire, elle soutient le recours aux formations accélérées pour le personnel non légalement qualifié, tout en recommandant l'ajout d'intervenants sociaux en classe et une concertation accrue avec les directions d'établissement.
Bien que le gouvernement ait déployé des parcours courts et rémunérés pour qualifier de nouveaux enseignants, le Protecteur du citoyen et les syndicats rappellent que le Nord peine toujours à attirer ces candidats. Du côté des services de garde, la création effective de places est continuellement confrontée à la pénurie de main-d'œuvre et aux surcoûts d'édification propres aux zones éloignées.
Outre le manque de personnel qualifié dans les écoles et les garderies, l'attractivité des familles et des travailleurs se heurte à un obstacle matériel direct, à savoir la rareté et le coût des logements.
Logement, coût de la vie et démographie : construire et recruter
Sur le front du logement, Amélie Béchard rappelle les initiatives financées en partie par le gouvernement :
« Parmi les belles réalisations de la CAQ dans la région, on compte les Pavillons du 49e à Chibougamau — 40 logements livrés et un projet de 35 unités supplémentaires à l'étude — ainsi que 18 logements subventionnés à Lebel-sur-Quévillon. »
Consciente que les évaluations foncières et les coûts de construction sont nettement plus élevés dans le Nord, elle promet d'épauler les entrepreneurs. Face à l'inflation et au prix du carburant frôlant les deux dollars le litre, elle appuie des mesures de soutien sur les denrées et compte sur l'organisme Attraction Baie-James pour séduire les jeunes et les adeptes de plein air.
En réponse, la Société d'habitation du Québec et le Programme d'habitation abordable Québec ont débloqué des enveloppes dédiées aux surcoûts nordiques. Les élus de la Baie-James soulignent toutefois que la livraison d'unités demeure trop lente pour absorber la demande générée par les projets miniers et les services publics.
Cette pression sur l'habitation découle directement du dynamisme industriel de la région, soulevant la question du partage des retombées économiques et de la qualité des axes de transport.
Économie et routes : redevances minières et réalité du terrain
Sur le plan économique, la candidate salue le doublement des redevances minières versées aux régions ressources, représentant un ajout de 38 millions de dollars. Elle évoque également une réflexion sur une subvention encadrant le navettage (fly-in/fly-out) pour conserver les retombées économiques localement.
Sur la question routière, observant que les décideurs de Québec mesurent mal les contraintes de distances comme l'axe Matagami-Radisson, elle s'engage à réclamer des investissements majeurs pour sécuriser le réseau.
Si la décentralisation d'une part des redevances minières a reçu un accueil favorable dans les municipalités, les acteurs économiques rappellent que le passage intensif du transport lourd, minier et forestier, dégrade les chaussées prématurément. Les budgets d'entretien requis dépassent ainsi largement les normes provinciales habituelles.
Photo : Hind DekkarAmélie Béchard, candidate caquiste dans la circonscription d'Ungava aux côtés de Denis Lamothe, député sortant d'Ungava dans les studios d'Aurore InfoAu-delà du développement industriel et des liaisons routières, la pérennité du territoire repose sur la solidité des alliances institutionnelles et sur la représentativité politique régionale.
Partenariat autochtone et représentativité politique
En matière de relations avec les Premières Nations et les Inuits, Amélie Béchard privilégie la continuité du Gouvernement régional d'Eeyou Istchee Baie-James (GREIBJ), un modèle de gouvernance partagée entre Jamésiens et Cris instauré en 2015.
Issue du secteur forestier, la candidate se dit « fière à la perspective de devenir la première femme députée d'Ungava. » Elle se montre également ouverte à féminiser la toponymie locale, constatant qu'aucune rue de la région ne porte actuellement le nom d'une femme et souhaite incarner un leadership renouvelé pour le Nord-du-Québec.
Au terme de la campagne, le défi majeur d'Ungava dépasse la simple liste des promesses sectorielles. Il réside dans la résolution d'une contradiction persistante, celle d’un territoire qui génère une part stratégique des richesses économiques du Québec mais qui doit continuellement négocier pour obtenir des réfections routières et des indemnités de déplacement adaptées. L'élu d'Ungava devra faire admettre à Québec que les réalités nordiques ne s'accommodent pas de normes conçues pour les grands centres urbains. Avec l’ouverture du vote anticipé les 27 et 28 septembre, puis le scrutin prévu le 5 octobre 2026, les électeurs d’Ungava sont appelés à exprimer leur choix.




