
Un électrochoc nécessaire pour enrayer la dévitalisation du Nord-du-Québec, selon Denis Lamothe

Alors que Denis Lamothe s'apprête à quitter le monde politique au terme de son mandat, le député caquiste en profite pour dresser un bilan sans complaisance des défis qui pèsent sur le territoire. Érosion démographique et dépendance au navettage ( fly-in fly-out) il réclame un « électrochoc » politique.
Le mandat se termine le 5 octobre prochain. D'ici là, Denis Lamothe, député d'Ungava, parcourt sa circonscription en compagnie d'Amélie Béchard, candidate désignée par la Coalition Avenir Québec (CAQ) pour lui succéder sous la bannière de la ministre Christine Fréchette. Ce périple, qui va d'Eeyou Istchee Baie-James au Nunavik avec des arrêts à Radisson, Chisasibi et Kuujjuarapik, donne la mesure des réalités socio-économiques de la plus vaste circonscription du Québec. Bien que le Nord-du-Québec pèse lourd dans l'économie québécoise grâce à l'hydroélectricité, aux mines et à la forêt, il subit de plein fouet des dynamiques démographiques défavorables.
Des communautés vulnérables à la dépopulation
Le dépeuplement des régions ressources n'est pas un phénomène isolé. Il s'observe partout au Québec. L'Institut de la statistique du Québec le confirme, en effet, si la croissance démographique de la province a atteint des sommets historiques sous l'effet du solde migratoire international, cette expansion profite presque uniquement aux grands centres urbains et à leurs couronnes. L'écart se creuse ainsi avec les territoires éloignés. Denis Lamothe le dit sans détour :
« Ce qui est anormal, mais qui est peut-être devenu normal après des décennies, c'est le déclin démographique des régions. [...] Quand il y a un déclin démographique, il y a moins de maisons, il y a moins de résidents, il y a moins de revenus. »
Cette dévitalisation frappe durement les petites localités. le déclin démographique et le départ des résidents entraînent la fermeture des services de proximité, puis la baisse des revenus locaux affaiblit l'ancrage territorial, incitant à un recours massif au navettage pour combler les besoins en main-d'œuvre.
Le navettage aérien, préoccupe particulièrement l'élu. Cette pratique achemine une main-d'œuvre spécialisée vers les usines, les chantiers hydroélectriques et les mines de la Baie-James ou du Nunavik. Bien qu'elle réponde à une pénurie réelle de travailleurs qualifiés, elle présente un revers majeur pour le développement régional à long terme.
Comme les travailleurs ne s'y installent pas de façon permanente, les retombées directes sont nulles et la contribution fiscale locale demeure faible, ce qui pèse sur la capacité des collectivités à entretenir leurs infrastructures municipales. L'absence de ménages durablement établis empêche la formation d'un tissu social stable. Ainsi, malgré la contribution majeure du territoire à l'extraction des ressources stratégiques et au PIB québécois, l'écart ne cesse de grandir entre la valeur économique produite et les retombées démographiques réelles.
Pour un « électrochoc » transpartisan
À la veille de quitter ses fonctions, Denis Lamothe appelle à une prise de conscience qui dépasse les clivages politiques. Il plaide pour une stratégie nationale concertée, réunissant les acteurs provinciaux, régionaux, municipaux et autochtones.
« Ce n'est pas avec du fly-in fly-out que tu bâtis économiquement une région ou un sentiment d'appartenance à la région. [...] Il y a une concertation politique qui doit être faite pour arriver à une stratégie qui va faire en sorte d'arrêter ce déclin, parce qu'on s'en va dans un mur. »
Après huit années d'engagement public, le député sortant porte un regard lucide sur le travail accompli par sa formation depuis 2018. Il rappelle que l'occupation durable du territoire québécois reste un chantier prioritaire pour la prochaine législature.




