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La cour de transbordement de Matagami propulse les ambitions économiques de la Baie-James

Hind Dekkar
Fin de la première phase de modernisation et d'agrandissement des infrastructures ferroviaire de la cour de transbordement de Matagami
Publié le 22 octobre 2026 par Hind DekkarFin de la première phase de modernisation et d'agrandissement des infrastructures ferroviaire de la cour de transbordement de Matagami / Photo : Ville de Matagami


Après plus de dix ans de préparation, d'études techniques et de négociations, la Ville de Matagami amorce sa redéfinition économique. La première phase de modernisation et d'agrandissement de sa cour de transbordement est désormais complétée. Représentant un investissement de plus de 11 millions de dollars, cette infrastructure ferroviaire et routière consolide le rôle de la municipalité comme porte d'entrée logistique du Nord-du-Québec, tout en témoignant d'une gestion municipale strictement axée sur la prudence financière.

Un projet structurant forgé sous le signe de la prudence

Consacrer une décennie à la concrétisation de la première étape d'un chantier d'infrastructures représente un long parcours. À Matagami, ce calendrier allongé découle d'un choix administratif assumé, celui de protéger les contribuables contre les risques inhérents aux grands projets d'affaires régionaux.

Première phase de travaux de modernisation de la cour de transbordement Photo : Ville de Matagami Première phase de travaux de modernisation de la cour de transbordement

Dès l'acquisition du site, en 2017, le Conseil municipal s'est fixé une ligne directrice ferme et non négociable comme le précise Daniel Cliche, directeur de la Ville de Matagami et responsable du développement économique :

« Le critère de base, était de ne pas risquer l'argent des contribuables dans un projet économique [...]. Si les partenaires qui nous disent qu'ils veulent utiliser la cour de transbordement ne sont pas prêts à contribuer financièrement, c'est qu'au fond, ils ne sont pas aussi prêts qu'ils peuvent le prétendre. »

Le processus a évolué au rythme des marchés miniers, particulièrement celui du lithium, marqués par plusieurs vagues de volatilité des cours mondiaux au cours des dernières années. Après les caractérisations de sol, le carottage et le design des installations, les premières estimations budgétaires ont dépassé les projections initiales. L’Administration a choisi de ne pas aller de l’avant à n’importe quel prix. Elle a ainsi consacré près d’un an à revoir et à optimiser les plans ainsi qu’à renégocier les coûts, avant d’entreprendre deux années de travaux de construction.

Une capacité technique accrue aux normes de l'industrie

Cette première phase transforme en profondeur les capacités de manutention du site. La cour de transbordement compte aujourd'hui environ quatre kilomètres de voies ferrées entièrement réaménagées et opérationnelles.

Chemin de fer à l'intérieur de la cour de transbordementPhoto : Ville de Matagami Chemin de fer à l'intérieur de la cour de transbordement

Les installations répondent aux exigences de sécurité de Transports Canada ainsi qu'aux normes du Canadien National (CN), le transporteur ferroviaire desservant la région. Cette mise aux normes permet d'accueillir un flux continu de wagons afin d'assurer l'expédition des ressources brutes ou transformées vers les marchés du sud, ainsi que la réception, l'entreposage et la distribution d'équipements surdimensionnés et d'intrants industriels destinés aux chantiers nordiques.

Montage financier et synergie avec les géants industriels

Le coût final de cette première tranche s'élève à environ 11,3 millions de dollars. Le montage combine des contributions privées et du financement public. Un prêt de 7 millions de dollars de la Société du Plan Nord (SPN), complété par environ 4,3 millions issus de contributions directes des partenaires miniers pour les projets Whabouchi (Nemaska Lithium) et James Bay Lithium (Rio Tinto). La Ville a également signé des protocoles d'entente prospectifs, notamment avec Ressources PMET.

Afin de préserver son équilibre budgétaire, la municipalité a structuré le remboursement du prêt selon le principe du capital patient. Le service de la dette ne démarrera qu'au rythme de la mise en production effective des gisements et du déclenchement des flux de transport payants :

« Le modèle de financement retenu prévoit le remboursement de ces sommes uniquement à mesure que les projets miniers se concrétiseront et commenceront à générer des revenus. »

Outre les géants du lithium actuellement en phase de préproduction, le site dessert déjà un bassin de clients bien établi. Lafarge pour le transbordement continu de ciment redistribué en Abitibi-Témiscamingue, Hydro-Québec pour le transport d'équipements lourds (turbines, transformateurs), la Mine Éléonore (Dilmar), la Société de développement de la Baie-James (SDBJ), Eurovia ainsi que le Réseau Eeyou communication.

Un maillon stratégique face aux défis de la transition énergétique

Historiquement reconnue comme une plaque tournante du transport lors des grands chantiers hydroélectriques des années 1960 et 1970, Matagami se réinvente au cœur de la stratégie québécoise et canadienne des minéraux critiques et stratégiques (MCS). Le réseau ferroviaire continental s'arrêtant à Matagami, la cour de transbordement devient la jonction physique obligatoire reliant le réseau routier nordique de la Baie-James au réseau ferré vers les marchés du sud.

Les projets d'extraction de lithium annoncés dans le Nord laissent toutefois entrevoir des volumes presque deux fois supérieurs aux prévisions initiales du plan directeur. La Ville anticipe déjà une seconde phase d'agrandissement pour accroître la capacité d'accueil des voies.

Cour de transbordement de MatagamiPhoto : Hind Dekkar Cour de transbordement de Matagami

Par ailleurs, plusieurs défis restent à relever, notamment l'obtention de nouvelles autorisations environnementales, les transferts fonciers ministériels, la coordination administrative ainsi que la gestion des délais de livraison du matériel roulant. Matagami entend néanmoins assumer pleinement son rôle au sein de la chaîne d'approvisionnement des technologies vertes.

« C'est un rôle extrêmement important, Il s’agit d’un maillon au sein d’un ensemble interdépendant. Aucun de ces maillons ne peut être considéré comme plus important qu’un autre, puisque chacun est essentiel à l’intégrité de l’ensemble. L’absence d’un seul d’entre eux suffit à compromettre la chaîne entière. »

À l’heure où la réduction de l’empreinte carbone des chaînes d’approvisionnement s’impose comme un enjeu incontournable pour l’industrie, la mise en service de ce pôle ferroviaire prend tout son sens. En favorisant le transfert d’une importante part du transport de marchandises lourdes de la route vers le rail, Matagami se positionne comme une plaque tournante stratégique pour l’acheminement des minéraux critiques vers les marchés internationaux. Au-delà de la réussite technique et financière qu’il représente, ce projet illustre une vision du développement nordique fondée sur l’efficacité, le pragmatisme et la durabilité à long terme.